Pariwat Anantachina : des collages éminents

Pariwat Anantachina : des collages éminents

ART

PARIWAT ANANTACHINA

Des collages éminents

Justine Hrmnt

17 septembre 2019

Artiste collagiste et designer, Pariwat Anantachina développe un univers urbain cosmopolite au travers d’œuvres mêlant photographies et illustrations vintage. En 10 ans de création, il est devenu l’une des figures majeures de l’art du collage en Thaïlande.

Né en 1981 à Ratchaburi, Pariwat a toujours souhaité devenir architecte. Mais le destin en a décidé autrement. Après une première année d’école infructueuse, il se tourne vers le design et la communication à l’Université de Bangkok, où il décroche une licence en Art.

Il débute sa carrière en tant que designer, avant de développer sa pratique artistique. Aujourd’hui, il entretient ces deux facettes en étant à la fois artiste, mais aussi co-fondateur et directeur de The Uni_Form, un studio de design numérique.

Après avoir pratiqué le dessin et la peinture, Pariwat découvre le collage à l’occasion d’un de ses cours suivis à l’université.

« Je peux dessiner et peindre, mais certaines personnes font cela bien mieux que moi. Je voulais trouver une technique que je pourrais faire mieux que les autres et j’ai trouvé le collage » nous confie-t-il.

Un art du collage dont il mixe aisément les techniques, réalisant ses œuvres tantôt à la main à l’aide d’extraits de journaux qu’il trouve au gré de ses voyages, tantôt à l’ordinateur.
« Pour mes collages numériques, j’utilise mes propres photos tandis que pour les œuvres manuelles, je collecte des images que je trouve dans toutes sortes de magazines. Il m’arrive également de mixer ces deux techniques et de mélanger mes photos et des illustrations chinées à droite, à gauche. »

L’artiste ne cherche pas à s’affirmer dans un style prédéfini. Son studio abonde d’œuvres aux formats, couleurs et motifs variés. Dans cet espace de quelques mètres carrés en plein centre de la capitale, les collages côtoient ainsi les livres, les meubles vintage et les bibelots en tout genre. Un air de cabinet de curiosités qui reflète bien les influences hétéroclites de l’artiste.

 

Collage 2.0

Si Pariwat s’est fait connaître grâce à ses montages numériques, il cultive une attirance toute particulière pour la technique plus classique du collage manuel. « J’aime faire des collages à la main, mais je vois plus cette pratique comme un passe-temps, cela ne me rapporte pas beaucoup d’argent. Donc j’essaie de faire la balance entre ces deux approches.»

D’un côté donc, on trouve chez le créateur une pratique professionnelle et lucrative qui se caractérise par des collages photographiques réalisés à partir d’éléments figuratifs. L’ensemble donne à voir un amoncellement de détails citadins qui, une fois regroupés, engendre une impression de fourmillement urbain rempli de vitalité. Pariwat y apporte une touche très pop par l’emploi de couleurs vives et de symboles ancrés dans la pop culture comme les enseignes 7-Eleven ou la figure de l’ancien roi Rama IX.

« Je pense que dans la rue tout peut être représenté, comme la culture, l’art, la mode ou la politique. Tout peut y être visible et tout y est réel. C’est pourquoi j’aime représenter les rues de chaque ville. »

L’utilisation même de la photographie pour ces collages rend l’ensemble plus réaliste.

La création de collages sur les grandes capitales qu’il visite devient alors une manière de représenter la société du pays dans lequel il se trouve et d’inscrire son travail dans la lignée des premiers artistes collagistes comme Raoul Hausmann ou Robert Rauschenberg, qui utilisaient cette technique pour faire écho à l’actualité politique ou à la culture populaire.

Une tradition manuelle

Mais par ailleurs Pariwat conserve la pratique du collage à la main, comme dans la tradition introduite au début du XXème siècle par les dadaïstes et les surréalistes. Le fait de qualifier cette pratique de « passe-temps » rend sa démarche plus personnelle et révèle une certaine pudeur de la part de l’artiste.

Toutefois, si des artistes comme Max Ernst utilisent le collage dans un esprit de déconstruction et de rupture avec la tradition picturale en place, les collages de Pariwat ne sont aucunement ancrés dans le surréalisme ou l’absurde. On retrouve plutôt l’esthétique des grands collagistes avec des éléments teintés de vintage. Ici et là on distingue un manuel d’utilisation d’électroménager, des publicités ou des extraits de livres de botanique. Considérer son travail manuel comme amateur le libère des contraintes esthétiques et de l’obligation de devoir générer des profits, donnant ainsi naissance à des créations que l’on pourrait qualifier de plus authentiques.

La Magie du collage

« Il m’arrive parfois de peindre par-dessus mes collages, mais selon moi, un “bon” collage a besoin de la magie que procure le matériau initial. Je pense que c’est important quand on regarde un collage, de voir les matériaux.  »

La sélection des matériaux représente une étape primordiale du travail de l’artiste : « C’est très long de collecter et sélectionner les fragments de papiers ou les photos ». Chacun des éléments a son importance dans la composition finale et en cacher une partie par des interventions ultérieures reviendrait à reléguer au second plan l’étape initiale de sélection.

Aujourd’hui on peut admirer les rues de Bangkok, Hong Kong, Hanoï ou encore Singapour dans des collages aux couleurs acidulées dont Pariwat distingue aisément les différences. « Chaque rue reflète l’essence de la ville. »

Pariwat ne suit jamais le même schéma et traite toujours différemment ses sujets. On peut considérer ses collages comme autant de réinterprétation des villes, des moyens de transport ou des sujets de société qu’il explore, déconstruit et reconstruit. Par exemple, avec Muscula Wagon #3, il invente un nouveau moyen de locomotion.

Une personnalité fragmentée

Pariwat fait clairement la distinction entre sa pratique artistique et les activités commerciales qu’il développe pour le compte de sa société The Uni_Form.
Depuis 3 ans, il est à la tête d’un projet éditorial intitulé The Uni-verse. Chaque année il publie un recueil de collages en partenariat avec ses amis collagistes. Sur une thématique renouvelée à chaque édition, l’ouvrage est ainsi imprimé à 100 exemplaires numérotés dont la couverture diffère à chaque numéro. Une manière de posséder en quelque sorte un livre unique. Après avoir exploré les thématiques de l’espace et du code en 2017 et 2018, l’édition de l’année 2019 portera sur les locaux. Elle a par ailleurs été présentée en avant-première à l’occasion de la Bangkok Art Book Fair organisée par Bangkok City City Gallery le 4 septembre

Boutiques

  • Siam Discovery, ODS (Objects of Desire Store), 3rd Floor
  • Chatuchak Weekend Market, Section 7, Soi 3, No. 118
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