Digital Nomads

Digital Nomads

L’ART DE VIVRE EN NUMÉRIQUE

DIGITAL NOMADS

Pierre Herubel & Hélio Brun-Nicouleau

22 Août 2019

La digitalisation de l’économie mondiale a permis l’émergence de nouveaux modes de vie et de nouvelles pratiques professionnelles. À la pointe de cette modernité, le nomadisme numérique offre l’opportunité d’une véritable redéfinition du rapport au travail.

Depuis quelques années, le phénomène des « digital nomads » fait de plus en plus d’adeptes. Placée dans un contexte plus général de réorganisation du monde du travail, où flexibilité et instantanéité sont devenues des vertus cardinales, cette condition se démocratise à vive allure, en particulier auprès des citoyens de pays à l’économie tournée vers les services, comme la Suisse ou les États-Unis.

Mais qu’est-ce au juste qu’un nomade numérique ? Entre rêves d’évasion et risques d’isolement, Digital Lifestyle décrypte les facettes de cette nouvelle façon de travailler et de vivre.À ne pas confondre avec les expatriés ou les télétravailleurs, ce terme de «Digital Nomad» fait référence aux personnes qui s’appuient sur les technologies informatiques et les réseaux pour travailler en voyageant, s’attelant à leurs tâches et communiquant avec leurs clients, leurs fournisseurs ou leurs employeurs de la même manière, quel que soit l’endroit où ils se trouvent.

Le premier à se voir qualifié de «nomade numérique» dans la littérature fut Steve K. Roberts, qui traversa les États-Unis sur un vélo couché informatisé, le désormais mythique Winnebiko. Cette bicyclette customisée par ses soins lui permettait de par- courir les routes tout en emmagasinant l’énergie nécessaire pour son Radio Shack Model 100, son ordinateur portable, désormais objet de collectionVintage.

À l’instar de ce pionnier, des milliers de personnes tentent aujourd’hui de concilier l’antagonisme traditionnel entre travail et voyage. Profitant des visas de tourisme ou PVT (Programme Vacances-Travail), ils préfèrent s’installer pour quelque temps dans des pays où il fait bon vivre et dont les infrastructures s’adaptent en créant des structures de coworking pour les accueillir, comme en Colombie avec le hub de Medellín ou en Thaïlande avec celui de Chiang Mai, l’un des plus grands au monde.

Nous avons rencontré quelques-uns de ces pensionnaires du hub de « digital nomad » de Chiang Mai. La plupart sont blogueurs, développeurs web, graphistes, traducteurs, commerçants en ligne ou encore assistants virtuels. Ils sont généralement autoentrepreneurs, mais parfois aussi salariés d’entreprises internationales. Nous avons eu par exemple l’occasion d’interroger Guillaume, lors de son passage en Thaïlande durant lequel il s’est rendu à Bangkok, Chiang Mai, Chiang Rai, Ko Lan, Koh Samui et Koh Tao en l’espace d’un mois et demi. Depuis 2 ans, il gère à distance une dizaine de développeurs pour une société américaine de transport et décrit son activité comme exceptionnelle et éprouvante.

Il liste spontanément les principaux avantages d’un tel mode de vie, mais attire également l’attention sur les difficultés rencontrées. Pour lui, comme pour l’ensemble de ses semblables, le principal atout réside dans la liberté. Liberté de voyager, de changer, de partir, de rester et de choisir en permanence son lieu de vie et de travail. Avant tout, les digital nomads cherchent à fuir ou éviter les grandes villes pleines de stress, de routines et de bouchons : le fameux métro-boulot-dodo. En second lieu vient la découverte du monde, qui ne se limite plus aux congés annuels. Pour lui, chaque nouveau mouvement offre une occasion de repartir de zéro, de redécouvrir un pays, une culture, une langue…

Pour certains, un tel mode de vie permet également d’aménager son temps de travail à son propre rythme tout en restant productif.

Pour Guillaume, comme pour beaucoup, cette liberté trouve ses limites dans les problématiques de décalage horaire avec le pays où résident ses clients et ses équipes, avec lesquels il doit rester en contact permanent. Guillaume aborde ainsi les revers de cette vie de nomade.

Il ne s’agit en effet pas de vacances permanentes, mais bien d’un mode de vie à part entière, qui requiert beaucoup de volonté et une grande capacité d’adaptation. Des qualités nécessaires, mais pas suffisantes. Pour se lancer, il est primordial de se préparer en amont : contracter une assurance, économiser pour les imprévus, trouver une source de revenus sûre avec un travail régulier et surtout se conditionner émotionnellement. Loin de sa famille et de ses proches, il faut faire face à une vie sociale assez instable, entre isolement et rencontres à « durées limitées ».Ainsi, la réalité se révèle souvent plus complexe qu’il n’y paraît. Souvent idéalisé, notamment à travers les réseaux sociaux, ce mode de vie donne lieu à de nombreux questionnements.

La perte de repères dans le monde du travail traditionnel pousse ces hommes et ces femmes à chercher ailleurs un sens qu’ils ne peuvent pas trouver dans la sédentarité. En effet la quête de sens constitue un moteur majeur pour ces pionniers, où l’épanouisse- ment personnel prime manifestement sur les schémas classiques de plans de carrière.

Paradoxalement, dans cette volonté de s’émanciper des mégalopoles et de la vie moderne, le digital nomad repose entièrement sur la technologie, qui lui permet de faire le pont avec la liberté originelle du nomadisme.

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