Dr Jingjai Hanchanlash

Dr Jingjai Hanchanlash

INTERVIEW

Dr Jingjai Hanchanlash

Christophe Chommeloux

24 avril 2019

Président de l’Alliance française et vice-président du conglomérat commercial Loxley, le Dr Jingjai a travaillé avec le gouvernement thaïlandais, des organisations internationales, dans les secteurs privé, public, académique et même politique à un haut niveau. Portrait d’un éminent Thaïlandais francophile.

Comme quatre anciens Premiers ministres, une bonne quinzaine de membres du Conseil royal, les directeurs de la plupart des grandes banques de Thaïlande, une douzaine de ministres des Finances et de nombreux membres des comités exécutifs des plus grandes sociétés nationales, Dr Jingjai Hanchanlash a passé son bac à l’Assumption College de Bangkok. Déjà à l’époque, il opte pour le français…

« J’ai commencé à étudier le français à l’âge de 10 ans au Collège de l’Assomption de Bang Rak, » nous raconte Dr Jingjai dans son bureau des étages supérieurs de la tour Loxley, à un jet de pierre du marché de Klong Toei. « À cette époque il y avait une section française et une section anglaise. 90 % des étudiants allaient dans la section anglaise, mais la section française était de grande qualité et on y étudiait vraiment beaucoup.  Après avoir terminé mes études avec l’équivalent du baccalauréat, je suis parti faire Sciences Po à Grenoble. Avec deux amis de Strasbourg, je participais également aux activités du MRP (Mouvement Républicain Populaire) avec Jean Lecanuet, précurseur du centrisme démocrate. C’est comme ça que je me suis attaché à la culture française. »

Parti ensuite terminer son doctorat de droit à l’université de Caen, Dr Jingjai rentre en Thaïlande en 1965, PhD en poche. Il travaille alors avec le gouvernement thaï au département de la coopération technique et économique. À cette époque, au mitan de la guerre du Vietnam, ce département, précurseur de l’USAID, l’Agence indépendante des États-Unis chargée du développement économique et de l’assistance humanitaire dans le monde, a été créé pour gérer l’assistance technique, principalement avec les Américains. Mais elle travaillait aussi avec les pays du plan de Colombo, la plupart britanniques, du Commonwealth. Dr Jingjai travaille pour sa part essentiellement avec les pays européens comme la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie.

Avec la Belgique, il participe à la construction du premier « fly-over » de Bangkok, le pont belgo-thaï de Rama IV. Puis au projet sur l’éducation nationale financé par l’Allemagne, qui a introduit dans le royaume le système d’alternance pour combiner les études à l’école et les stages en entreprise. En collaboration avec la France, il supervise de nombreux projets, dont la création du Centre de transfusion sanguine lancée par la Croix Rouge sous la direction du président de l’Alliance française de l’époque.

« Parmi les nombreux projets avec la France, celui de la formation professionnelle des électriciens de Thaïlande a revêtu pour moi une importance particulière» ajoute-t-il. « On travaillait avec l’EDF et des experts français et on envoyait les Thaïs pour des stages en France. Ils sont revenus avec les connaissances nécessaires et les experts d’EDF sont restés 4 ans à Bangkok. Ça a vraiment aidé à lancer ce qu’on appelle désormais l’EGAT, Electricity Generating Authority of Thailand. »

Après une dizaine d’année de travail avec le gouvernement, Dr Jingjai rejoint le CRDI, Centre de Recherches pour le Développement International canadien créé par Pierre Elliott Trudeau, qui lui propose, notamment car il est bilingue, de venir travailler à Ottawa. Il y reste jusqu’en 1976, puis s’installe à Singapour, pendant 17 ans, comme directeur régional du CRDI pour l’Asie. « En 1990, je suis revenu brièvement en Thaïlande pour travailler comme conseiller du 1er ministre Chatchai Chunhawan. Lorsque Chatchai est retourné en Angleterre, je suis reparti à Singapour pour 3 ans » précise-t-il.

En 1993, le Canada lui propose de piloter le projet officiel bilatéral financé par l’ACDI, l’Agence Canadienne de Développement International, pour soutenir le mouvement de libéralisation de l’économie vietnamienne connu sous le nom de Doi Moi.

Dr Jingjai part travailler pendant 3 ans avec une équipe de conseillers vietnamiens du vice-premier ministre Phan Van Khai, devenu Premier ministre en 2002. « C’est vraiment lui qui a lancé l’économie libérale au Vietnam, » commente-t-il, « la politique était vraiment centralisée, mais l’économie est devenue libérale en 1993-1996, notamment dans les échanges entre Bangkok et Hanoi. »

Dr Jingjai revient en Thaïlande en 1997 et entre chez Loxley. Il devient vice-président de la Chambre de commerce thaïe et membre du comité de l’administration de l’Alliance française, dont il sera ensuite vice-président pendant 3 ans et enfin président, depuis 16 ans.

« Il est temps que je laisse la place aux jeunes générations pour me succéder, non ? » commente-t-il avec malice. « Mais à l’inauguration des nouveaux bâtiments de l’Alliance, nous avons reçu la visite des représentants parisiens de la Fondation et en février dernier, on m’a demandé de devenir membre du comité à Paris et j’ai accepté. Je vais y contribuer pendant au moins 1 an, je ne peux donc pas quitter mon poste à l’Alliance de Bangkok dès aujourd’hui. »

Sous la houlette du Dr Jingjai et la direction de Pascale Fabre, l’Alliance française de Bangkok fait en effet figure de modèle au sein du réseau. L’enseignement du français s’y montre très dynamique et le nombre d’étudiants qui la fréquentent se trouve toujours en augmentation, elle doit cependant relever certains défis.
« Il faut affronter la vérité » reconnaît son président, « le français n’est plus aussi populaire qu’avant. Nous faisons face à une concurrence sévère avec le japonais, le coréen et surtout le chinois, notamment à cause du programme assez ambitieux créé par la Chine il y a 13 ans : les Instituts Confucius dans les universités du royaume. On en dénombre 16 aujourd’hui dans toutes les régions, qui forment aussi bien les étudiants que les enseignants et qui sont financés par le gouvernement chinois. L’Alliance française de Bangkok est une association thaïe, qui reçoit peu de subventions de l’état français. Il nous faut donc assurer notre financement en nous diversifiant. Nous avons un bel amphithéâtre que l’on peut louer, et les projections de films français et les nombreux événements culturels nous apportent une source de revenus complémentaire, mais l’enseignement représente toujours le revenu principal de l’Alliance.»

De l’Alliance française aux nombreux conseils d’administration dont il fait partie, de ses fonctions d’Honorary Chairman of Greater Mekong Sub-Region Business-Forum à celles de président du comité exécutif de l’Office for National Education Standards and Quality Assessment ou même de consul honoraire de la Jamaïque en Thaïlande, Dr Jingjai jongle avec un emploi du temps incroyablement chargé. Quand on lui demande quel est son secret pour assumer autant de rôles, il répond par une pirouette : « J’ai tout combiné, un peu comme la ratatouille, un plat délicieux, mais difficile à faire ! » Dr Jingjai est également un gourmet, qui fréquente notamment les restaurants français de la capitale…

« Mes restaurants français préférés sont Lyon French Cuisine, le Normandie et le Bouchon » confie-t-il. « Bangkok est devenue une capitale gastronomique et je m’en réjouis, nous avons même désormais un guide Michelin, c’est un symbole de l’évolution de la Thaïlande, avec une nouvelle cuisine qui mélange les gastronomies européenne, indienne, chinoise avec la cuisine originale thaïe et les recettes qui viennent du Palais, sans oublier la street food, 60 restaurants de rue y sont répertoriés dont Jay Fai, qui a obtenu une étoile ! »


 

 

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