Hom Nguyen, un destin à l’instinct

Hom Nguyen, un destin à l’instinct

PORTRAIT

Hom Nguyen, un destin à l’instinct
Christophe Chommeloux

14 Août 2018

Artiste autodidacte au style instinctif, Hom Nguyen sublime une liberté du geste qui crée lentement du figuratif à partir d’un abstrait, une invitation à lire entre les lignes et à plonger dans les profondeurs de l’âme humaine.

Comme un jaillissement, une fulgurance enfantée dans les apparents gribouillis de lignes énergiques et abstraites, son œuvre révèle en effet une beauté figurative née d’un semblant de chaos.

« C’est un brouillard de traits dont tu ne perçois pas forcément immédiatement la finalité. Un travail plutôt spontané, clairement une espèce de naïveté, c’est très direct, il n’y a pas de calcul, ça part tout de suite,» nous explique l’artiste.

Des traits qui symbolisent de manière sans doute inconsciente le parcours inattendu de l’artiste, d’une enfance difficile au destin brouillé jusqu’à la révélation inattendue d’un talent naturel qui s’épanouit désormais avec un succès mérité.

Sans repères, Ligne de vie,Trajectoire, Emotion through Lines…

La vie de Hom Nguyen se traduit dans les titres de ses expositions, où ses représentations subtiles questionnent la dualité du visible et de l’invisible, du matériel et de l’immatériel. En ce sens, l’artiste inspire en chacun de nous une réflexion, une introspection, sur ce que nous montrons de nous-mêmes, ce que nous essayons de cacher et ce que nous sommes réellement.

Fusain, feutre gouache, huile, voire souvent stylo, l’instrument et la toile semblent se livrer un combat, un corps à corps de matière d’où surgit une volonté : révéler le plus profond de l’être humain.

L’essentiel du travail de Hom s’articule jusqu’ici autour de la création de portraits, souvent monumentaux. Le choix des couleurs, l’application de la matière ou encore la vivacité du geste traduisent sa vision de l’être humain par-delà les apparences.

Ses œuvres capturent et transcendent ainsi la profondeur des sentiments et la complexité des émotions.

Issu de la génération de boat people vietnamiens par sa mère, Hom Nguyen a grandi sur une terre d’accueil, la France.

« J’ai toujours dessiné depuis que je suis gamin, un peu comme Guy Degrenne ! » raconte l’artiste pour qui la culture hexagonale se révèle aussi fondamentale que ses origines asiatiques.

« J’ai grandi avec une mère handicapée et j’ai été très tôt soutien de famille. Ce n’est qu’à l’âge de 36 ans, au moment de son décès, que je me suis découvert une passion.»

PATINAGE ARTISTIQUE

«À cette époque, il y a une dizaine d’années, la vie n’était pas facile, j’étais vendeur de chaussures rue des Canettes, à Paris. Un jour un mec ma montré qu’on pouvait teinter les chaussures avec un colorant et je suis devenu instantanément patineur. Cireur de pompes ! » raconte Hom avec malice.

« J’ai commencé à bien marcher, à me faire un peu de fric et je me suis mis à customiser des chaussures. C’est devenu une mode, des Stan Smith aux Berluti. Je me suis lancé à mon compte, il flottait alors dans l’air un parfum de “travailler plus pour gagner plus” et j’ai adopté le statut d’autoentrepreneur. Mon marché a explosé. Je faisais des dessins sur les chaussures, je tatouais le cuir, littéralement.»

La prestigieuse maison Berluti, au départ plutôt hostile, accepte de le rencontrer et finit par travailler avec lui. Quand Hom leur montre ses dessins et des photos de ses réalisations, ils lui disent : « vous êtes vraiment un artiste, un artiste de la patine, vous allez dépasser les frontières, passer dans un autre univers…»

Stanislas, bottier – cordonnier réputé, entend lui aussi parler de son travail et vient le voir. Il le trouve en train de dessiner sur des chaussures avec des cutters. Fasciné par la précision de son travail, il décide de lui offrir une vitrine dans la cordonnerie du XVème et de le mettre en lumière à Roland Garros, où la maison dispose d’un stand et cire les souliers des personnalités. Monsieur, Dandy, la presse chic s’en fait l’écho et le met en Une. Son téléphone se met à sonner : Lobb, Chanel, Hermès… toutes les grandes maisons de luxe le sollicitent. Hom devient alors une sorte de célébrité du monde de la patine.

 

Sans s’y attendre, il entre comme un météore dans le graal du luxe et, grâce à un mécène, s’installe à Bagnolet dans un atelier de 500 m2, où il passe du cuir à la toile. Il s’éclate. Et vend. Il tire le portrait de stars, de Gainsbourg à Joey, fréquente des milliardaires et gagne subitement l’équivalent du salaire d’un grand patron.

L’argent, Hom en parle d’ailleurs avec décontraction et simplicité : « Je parle d’argent, car un artiste en a besoin, pas parce qu’il s’agit d’un business, mais parce qu’un artiste a besoin d’acheter des toiles, de se payer un atelier, tout un encadrement, une structure pour développer sa démarche, son interprétation, ses idées… Mais je n’ai qu’une seule galerie pour le monde entier A2Z. J’ai une démarche de famille, cette seule galerie m’a fait confiance, elle a démarré avec moi. Grâce à elle, je me suis retrouvé dans des foires internationales, au Grand Palais, au Palais de Tokyo, dans des biennales, des fondations, des musées, des expositions un peu partout dans le monde…»

Jusqu’à Bangkok, où on a pu admirer ses œuvres, au So Sofitel et à l’hôtel Hansar, dans deux expositions organisées en collaboration avec l’agence Sarto : « Mes affinités avec Bangkok se sont construites à travers les expositions. La Thaïlande est très généreuse. On sent une dureté de la part du gouvernement, une fermeté, mais on sent chez les gens une vraie générosité, une réelle ouverture d’esprit, très sincère. Une vraie lumière. Une indiscutable dynamique économique aussi, qui monte avec une force incroyable. J’ai le sentiment que le plateau culturel va commencer à s’y élargir énormément.»

La générosité, un maître mot pour celui qui anime un atelier d’art thérapie auprès d’enfants et d’adolescents au sein du service psychiatrique de la Pitié-Salpêtrière. Une activité bénévole et discrète qui l’aide à garder les pieds sur terre et lui permet de partager cette approche instinctive du dessin libérateur.

D’un hôpital à l’autre, Hom se révèle hyperproductif, ainsi que mélomane :
« J’écoute de la musique tout le temps, je ne sais pas travailler sans musique. Je suis proche de nombreux musiciens, de DJs.Tu me disais tout à l’heure que tu me verrais bien dessiner une pochette d’album de jazz, c’est Manu Katché qui m’a lancé, c’est grâce à lui que j’ai démarré. À propos de musique et de culture française, je vais réaliser une fresque de 8 mètres d’Édith Piaf, un portrait à l’endroit où elle est née, à l’hôpital Tenon dans le XXème, près de Gambetta. Elle sera révélée à partir du 20 septembre, ma date de naissance.

Globalement, je produis beaucoup, je dessine tout le temps. Je suis en train de préparer une expo pour 2019 au Grand Palais, sur le thème du voyage, pas forcément sur ce que j’ai vu, mais plutôt ce que je fais pendant mes voyages.Tu es le premier à le savoir, mais il y aura une nouveauté : je vais me lancer dans les paysages…»

www.facebook.com/A2ZartGallery
www.sartoart.com
www.facebook.com/nguyenhom
www.instagram.com/homnguyen
www.hom-nguyen.com

Related Posts
No Comments

Post A Comment