En chère et en noces, le mariage khmer

En chère et en noces, le mariage khmer

DESTINATION CAMBODGE

En chère et en noces,

le mariage khmer

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7 Juillet 2018

La saison des mariages touche à sa fin au Cambodge. Lors de ce cérémonial hors du temps, les promis atteignent une certaine sphère de divinité en dépit de la dureté des contraintes de la vie moderne.

“Nous avons fait un long voyage”, annonce une femme du cortège du fiancé quand ils atteignent la maison de la future mariée, chaque parent et invité les bras chargés de cadeaux enveloppés de cellophane multicolore, fleurs, poulets bouillis, parfums, têtes de porc ou sucreries, et la déclaration est sincère même s’ils habitent quelques mètres plus loin sur la piste de terre bordée de palmiers et bananiers. Un voyage cosmique au nom de l’amour, pour la perpétuation de la communauté.

De décembre à fin avril, avec une pause pendant les festivités du Nouvel An, les fêtes de mariage sont omniprésentes. Si besoin, on monte la tente de réception carrément sur la route nationale. De quatre heures du matin jusqu’au soir, les haut-parleurs diffusent un répertoire musical pratiqué depuis des siècles et les récitations de mantras. La nuit tombée, c’est la musique à danser qui prend le relais, des traditionnels romvong, saravan ou surin au hip-hop khmer le plus débridé.

Même à la campagne, les trois jours de prières et de réjouissances coutumiers ont été réduits à une journée et demie. À Phnom Penh, le moment culminant du mariage n’est déjà plus la “reunion des oreillers” (Pelea Ruom Khnuoy, quand le couple futur invite la communauté à bénir les coussins de leur lit et se retire un moment dans la chambre nuptiale, le marié suivant la mariée en s’agrippant à sa traîne dorée), mais le dîner de gala final.

Néanmoins, la continuité des coutumes reste frappante lorsque l’on compare un mariage khmer d’aujourd’hui avec la description méticuleuse offerte par Ker Nou il y a près d’un siècle, en 1925 (une traduction en français de ce texte se trouve dans le numéro 60 du Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient, 1973), ou avec l’étude de Mme Pich Sal publiée par l’Université boud- dhiste Preah Sihanouk Raj dans les années 1960.

Le mariage khmer demeure plus qu’un arrangement de convenance entre deux familles, un pacte d’amour et de soutien mutuel entre deux individus : bénédictions, symboles, codes, habillement, accompagnement musical, tout réfère à une union sacrée et mystique, celle entre les divinités Rama et Sita, ou Krishna et Jali, ou, encore plus importante puisque il s’agit de l’un des mythes fondateurs de l’identité cambodgienne : celle entre Preah (Prince) Thong et la Nagi, la fille du Roi des Nagas (dieux serpents). L’espace de ce court mais intense moment, deux jeunes villageois deviennent déesse et dieu.

Comme c’est toujours le cas dans la culture populaire cambodgienne, la solennité du moment n’empêche aucunement une exubérance tapageuse, les plaisanteries à connotation sexuelle, des contes ironiques sur les splendeurs et misères de la vie conjugale, et de copieuses libations.

En fin de matinée le dernier jour, la cérémonie du kat sa’q, quand familles et amis coupent symboliquement et parfument la chevelure des promis, est l’occasion de sketches hilarants, une joyeuse célébration de la beauté et de l’élégance physique. Pendant cette journée, la mariée changera de tenue à cinq reprises, portant les couleurs jugées les plus bénéfiques et vénérées. De nos jours, elle ouvrira le bal en robe de mariée blanche à l’occidentale, puis choisira probablement un simple short et tee-shirt pour se mêler aux danses les plus trépidantes de la fin de soirée.

Un mariage représente un effort financier considérable pour les familles, surtout dans le Cambodge rural. Cependant, la liste des invités est soigneusement préparée, en tenant compte de considérations de bon voisinage mais aussi matérielles : les invitants savent plus ou moins précisément quelle pourra être la contribution en espèces de chaque participant, de sorte qu’au final les dons couvrent la majeure partie des dépenses. Cet aspect revêt une importance grandissante alors que les couples modernes ne craignent plus de renoncer à leur union si celle-ci ne s’avère pas aussi idyllique qu’ils l’espéraient à la suite de la cérémonie. Comme partout ailleurs autour de la planète le taux de divorce est en augmentation au Cambodge.

Tandis que la dimension sociale du mariage khmer reste significative dans de petites com- munautés campagnardes où tout le monde se connaît, elle a tendance à se diluer au sein du style de vie des grandes villes. En milieu urbain, les noces se révèlent désormais plus un étalage de respectabilité et de prospérité qu’une réjouissance partagée. Les gens dansent moins, ne font que de brèves apparitions, et ce moment magique où le jeune couple donne la becquée aux parents en leur tendant une tranche de fruit ou de gâteau n’est plus si souvent observé.

Pour réellement vibrer de concert avec cette célébration immémoriale, il faut se rendre en province, s’immerger dans l’ambiance d’un village s’éveillant avant l’aube avec une voix
féminine comme sortie d’un rêve, avec les sons rafraîchissants des gongs et des xylophones, les premières mesures du premier chant nuptial, Preah Thong Neang Neak…

Photographer Greg Mo has been covering social and cultural life in Cambodia for five years
www.gregmophoto.com,
www.instagram.com/gregmophoto

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