Expo Phnom Penh :
Danse dans la lumière

Expo Phnom Penh :
Danse dans la lumière

DESTINATION CAMBODGE

Danse dans la lumière

Avec MAADS # LivingCambodia

21 Août 2017

Il y a tout juste 90 ans, un fonctionnaire du Protectorat français passionné de culture et d’art khmers prie plusieurs danseuses du Ballet Royal de venir au Musée Albert Sarraut qu’il vient de créer à Phnom Penh (aujourd’hui Musée national du Cambodge), pour une séance photographique bouleversante : sur plus de huit cents plaques sensibles en verre, George Groslier a l’intention d ́immortaliser la gestuelle et les enchainements chorégraphiques primordiaux d ́un art immémorial, la danse sacrée khmère.

Craint-il que les monarques dispendieux ne soient plus en mesure d’assurer la survie d’un ballet-harem confiné au Palais Royal ? Cherche- t-il à rendre plus accessible au commun des mortels cette maîtrise ancestrale de “la souplesse et la mémorisation”, les deux principes qui résument selon lui la technique des danseuses royales ? Comme aujourd’hui, le Palais n’est qu’à une allée ombragée du nouveau musée, où Groslier a déjà dessiné les plans d’un pavillon où maîtresses de ballet et “actrices-danseuses”, jeunes ou moins jeunes, pourront parfaire leur art loin des intrigues de la cour. Ce projet ne verra jamais le jour.

Retour au temps présent, par un matin lumineux à Phnom Penh. Dans l’atelier du musée (dont les carreaux en ciment du sol sont les mêmes que ceux que l’on peut voir sur les clichés de 1927), Bertrand Porte, le conservateur actuel, nous présente une saisissante sculpture de la déesse Kali, venue du site archéologique de Koh Ker. Son piédestal vient d’être retrouvé et réassemblé ; le buste lui-même, intensément féminin et dont l’un des quatre bras brandit une tête coupée, avait été rescapé et rapporté à Phnom Penh… par le même Groslier. Comme si l’exploration, la reconstruction et le déchiffrage des trésors culturels khmers étaient un processus sans fin. Plus tard, dans le modeste bureau du conservateur, nous remarquons une commode simple qui elle aussi apparait en arrière-fond dans le témoignage photographique de Groslier.

Et partout, à chaque pas, l’histoire se fait écho à elle-même. En 1927, Groslier avait retrouvé des danseuses expérimentées qui ne participaient plus à la routine quotidienne du Ballet royal, parmi elles la légendaire Nou Naam, à laquelle il va consacrer plusieurs pages inspirées dans son essai de référence, “Avec les danseuses royales du Cambodge”. Mais en 1911, un plus jeune Groslier, pas encore accablé par la charge de ce qui deviendra le Musée national, a croqué au crayon et à l’encre le portrait de plusieurs étoiles montantes du ballet, en particulier Nou Naam. Ces esquisses exsudent un optimisme juvenile, mettant l’accent sur la beauté surnaturelle de la danseuse; seize ans plus tard, l’approche photographique se focalise sur l’effort, la concentration, l’excellence technique.

Ce que nous avons là, aussi, c’est un reflet impeccable de la grande honnêteté intellectuelle de Groslier. Sa vision des danseuses sacrées est remarquablement humble, et respectueuse. “Dans son esprit et dans ses actes, le Musée était avant tout ‘pour les Khmers et par les Khmers’”, explique Kent Davis, chercheur et éditeur américain qui a formidablement contribué à la redécouverte de l’œuvre de Groslier : “il refusait ne serait-ce que de se montrer sur une seule photo auprès de ces artistes prodigieuses, presque divines. Et les danseuses royales ne posaient avec personne, pas même les dignitaires de la Cour. À ma connaissance, le seul et unique exemple où elles apparaissent devant l’objectif avec autrui, c ́est avec une enfant… Nicole, la propre fille de Groslier”.

Des tirages-papier de la série photographique de 1927 sont exposés à l’Institut français de Phnom Penh jusqu’ au 7 septembre 2017.

www.institutfrancais-cambodge.com

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