Cycles aux touristes

Cycles aux touristes

10/04/2017

ESCAPADE VIETNAM

Cycles aux

touristes

En collaboration avec Voyageurs du Monde

10 avril, 2017

Et si, mutatis mutandis, la bicyclette se révélait aujourd’hui le moyen idéal d’explorer le monde vietnamien ? Question de rythme, de discrétion, de souplesse. Question d’état d’esprit aussi, et de valeurs contemporaines bien comprises.

En avant donc pour un Vietnam au rythme de la petite reine. A première vue, les véhicules légers vietnamiens se composent essentiellement de motos de petite cylindrée ou de Vespa. Les plus envahissants en tout cas, ceux qui se signalent avec une insistance sonore frisant parfois l’incivilité. On peut le comprendre : la jeunesse a droit à ses équipées sauvages, et les adultes ont à rejoindre dans les meilleurs délais leurs responsabilités et leur business. Et puis, dans les allées d’un parc tranquille, on croise une jeune personne sur un grand vélo vintage. Elle en fait vivement tourner le lourd pédalier sans que le cône de son chapeau “non la” perde son axe. Il est clair alors que la bicyclette va bien au pays. On se rappelle que, du temps de l’économie socialiste, ouvriers et étudiants vietnamiens en Tchécoslovaquie envoyaient chez eux des vélos de marque Favorit par milliers. En signe qu’ils avaient vu le monde.

A tout seigneur tout honneur, Hanoi. La capitale se prête bien à la découverte cycliste. Bien sûr, il faut faire avec le trafic, mais on apprend vite à le sentir et à s’en accommoder. D’ailleurs, une bifurcation offre souvent une chaussée soudain calme et ouverte ; ou un parc, ses ombrages et sa paix. On se glisse ainsi dans les « trente-six rues anciennes », qui constituent le traditionnel quartier des métiers. Avenues plantées d’arbres, petites rues, façades Troisième République, l’ancien secteur colonial surprend par un air de province française sur le fleuve Rouge. Si on se lève tôt et qu’on va pédaler sur les bords du lac de l’Epée restituée – Hoan Kiêm, on verra le temple taoïste Ngoc Son, fondé au XVème siècle. Et des gens de tous âges qui enchaînent les mouvements lents du tai-chi. Plus tard, au mausolée de Hô Chi Minh, on salue le fondateur du Vietnam moderne, qui a fait du vélo un instrument de libération ; au temple de la littérature, on réalise ce que le pays doit au confucianisme, lequel n’est pas sans lien avec le guidon. Enfin, ayant appuyé son engin au mur ou à l’arbre qui se trouve là, on enlève son casque et on s’assied dans une gargote pour une soupe Pho reconstituante. En principe, le cycliste est bien loti face à la street food. La nécessité qu’il a de payer de sa personne l’autorisant à en profiter sans scrupule. Et à goûter tout ce qui lui permet de repartir sans s’appuyer aux maisons.

Quittons maintenant la ville, rendons-nous au sud de la capitale, à Ninh Binh, la baie d’Along dans les terres. Les paysages karstiques de la réserve naturelle de Van Long sont admirables avec leurs hauts pitons rocheux habillés de vert sombre. Au pied de ces colosses, les canaux d’irrigation miroitent géométriquement dans des rizières couleur de mimosa. Le réseau hydrographique est tel que l’on peut se promener en barque, mais, pour entrer dans l’intimité de la campagne, rien ne vaut la balade à bicyclette sur les chemins et les digues. Les oiseaux sont très nombreux dans ces parages et l’envol sur un plan d’eau d’une bande de petites spatules est un spectacle inoubliable.

Les sites les plus prestigieux se révèlent, aussi bien que les autres, vélocompatibles. Huê, par exemple. L’ancienne capitale des Nguyen est une merveille, que l’UNESCO a dûment inscrite sur ses tablettes. L’impressionnante citadelle, au bord de la rivière des Parfums, contenait la Cité pourpre interdite réservée à l’empereur. Gravement endommagée pendant l’offensive du Têt, en 1968, elle conserve néanmoins beaucoup d’allure et une vraie dignité impériale. D’un autre esprit impérial provient le lycée Quôc Hoc, construit en 1915 par les Français et qui constitue, encore aujourd’hui, une référence. A trois kilomètres de la citadelle, la pagode de la Dame céleste (XVIIème siècle) constitue l’un des symboles de la ville. Plus rapide que le piéton, plus lent que le chauffeur, le cycliste jouit de la la juste mesure pour arpenter tout ça et poursuivre sans négliger.

Sur la route du Deep South, Hôi An est un comptoir historique de la soie et de la céramique au bord du fleuve Thu Bôn. Il s’est conservé dans la diversité que les négociants asiatiques et européens y ont apportée. Les grandes heures sont passées sans doute, mais le commerce se fait toujours dans les boutiques, sur les quais et dans les sampans. On sillonne la ville à loisir et on se sent un peu vietnamien. Les bâtiments anciens présentent une patine charmante ; le pont-pagode japonais de la fin du XVIème siècle est ravissant. Le bourg n’a pas volé son inscription au patrimoine mondial. Dans l’estuaire, les gens du coin pêchent au carrelet ou à l’épervier. On passe l’eau et on se remet en selle. Rizières, champs de maïs, bambouseraies, aréquiers bordent les chemins. Ici, des charpentiers assemblent des sampans, là les artisans font des nattes ou des écrans végétaux. A la fin de la journée, de retour à Hôi An, on freine sur le vieux quai et on regarde le coucher de soleil sur le fleuve : quiet et mordoré.

Hô Chi Minh-Ville est une gageure pour les vélocipédistes. La Vespa règne sans partage dans l’encombrement général. La nouvelle bourgeoisie saïgonnaise ne se conçoit pas seulement pétulante, mais encore pétaradante. Pour la retrouver dans ses repaires branchés, il faut sacrifier au moteur. Les marchés de nuit ne sont guère plus favorables. Pourtant, dans toute cette agitation, passent des cyclistes subtils. Et stoïques. Agés, en général. On a envie de leur tendre la main pour créer un pont entre les générations, et les mondes. Mais, une pétrolette passe en trombe et emporte ces velléités de fraternisation. Toutefois, si on a toujours des fourmis dans les jambes, s’offre le delta du Mékong. L’eau laisse émerger des terrains praticables. Le ciel est souvent gris et la chaleur de plomb. Ce qui donne à cette région plane de la densité et une vraie majesté. De part et d’autre : des chemins, rizières et vergers. Bien adaptés à la géographie spongieuse, les habitants tirent parti de l’élément liquide et des terres alluviales – céréales, cultures maraîchères et fruits en pagaille. Pour n’être pas des étals sur une place, mais des rassemblements de barques, les marchés n’en sont pas moins d’une riche palette, où se reconnaissent corossoliers réticulés, mangues, pamplemousses, etc.

Au-delà s’étend la mer de Chine. De Hanoi au Mékong, le Vietnam se montre favorable aux cyclistes. Il leur offre beaucoup, et leur suggère plus encore. Qu’ils soient assidus au guidon, ou dilettantes. Du coup, au bord de la mer, on hésite : y retourner, passer en Chine, pays légendaire des nuées de bicyclettes, ou, peut-être, aller au Cambodge, pédaler dans le site d’Angkor…   

www.voyageursdumonde.fr 

No Comments

Post A Comment