Sous les feux du crépuscule

Sous les feux du crépuscule

LAOS

SOUS LES FEUX DU CRÉPUSCULE

Par Marine Wolf

6 Mai 2019

Chine au Nord,Thaïlande au Sud, Birmanie au couchant, Viêt Nam au levant, et au milieu coule un fleuve, le Mékong, véritable colonne vertébrale du Laos. Une escapade dans ce pays, dont la réputation de paradis vert au rythme de vie nonchalant a dépassé les frontières, ne saurait se révéler parfaite sans un passage à Luang Prabang.

Luang-Prabang-2-©-Marine-Wolf
Luang-Prabang-5_temple_Haw_Pha_Bang-©-Basile-Morin
Luang-Prabang-6-©-Basile-Morin

Bâtie sur une langue de terre encadrée par le Mékong et la Nam Kane, la cité semble flotter sur les eaux, pareille à une majestueuse embarcation. Le patrimoine historique qu’elle renferme est exceptionnel. Selon des restes archéologiques, le site accueillait déjà des populations humaines au 8ème millénaire avant J-C. En 1353, le roi Fa Ngum la choisit comme capitale lorsqu’il fonde Lan Xang, le Royaume du Million d’Éléphants, qui s’étendait sur les territoires du Laos et du Nord-Est de l’actuelle Thaïlande, l’Isan. La cité se nomme alors Xieng Thong Xieng Dong.

Au XIXème siècle, les explorateurs français la découvrent et en tombent amoureux. Parmi eux, Henri Mouhot, Louis Delaporte et Auguste Pavie. Le Laos devient protectorat français en 1893 et Luang Prabang lieu de résidence du commissaire français. La ville se dote d’une architecture coloniale. Ce sont ces demeures de maître coloniales ainsi que les maisons de bois traditionnelles, restaurées dans les années 1990, qui ont valu à la pointe du centre-ville d’entrer au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Depuis, le rayonnement de Luang Prabang n’a cessé de s’accentuer, les visiteurs délaissantVientiane pour cette ville facilement accessible par bus, par bateau ou par avion. Le tourisme s’y est installé, et comme souvent en Asie du Sud-Est, il faudra, pour pleinement l’apprécier, pratiquer l’art de s’écarter des sentiers trop fréquentés.

L’exercice se révèle particulièrement nécessaire à la cascade de Kuang Si, loin d’être déserte mais qui vaut le détour, ne serait-ce que pour la fabuleuse couleur turquoise de ses bassins. Il s’agit alors de s’y rendre dès les premières heures du jour afin d’en mesurer toute la beauté, avant de remonter à pied par le sentier tracé sur le côté gauche de la cascade. Outre l’opportunité d’offrir un point de vue surélevé du site, il conduira les marcheurs à un charmant bassin niché à 3 kilomètres des chutes principales. Un petit restaurant, servant notamment d’excellents poissons, s’est installé au bord de l’eau, permettant après la baignade une pause délicieuse et tranquille.

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De retour à Luang Prabang, on aura la possibilité de traverser le Mékong depuis le quai Chunkham pour se promener sur la rive opposée du fleuve, à la découverte de villages d’artisans, des sentiers dans la nature, des temples perchés en hauteur ou perdus dans la végétation et des rencontres avec des habitants moins habitués que leurs voisins du centre-ville à côtoyer des étrangers.

Traverser la rivière Nam Kane, cette fois sur un petit pont en bambou, se révèlera également nécessaire afin de se rendre au Dyen Sabai, une adresse de choix pour goûter les délices de la gastronomie lao. Sur l’une des terrasses de bois descendant en escalier vers le fleuve, assis sur les épais coussins, on optera pour un assortiment d’apéritifs, tels que la fameuse saucisse de Luang Prabang, du caviar d’aubergines et des algues séchées du Mékong. Suivra ensuite l’un des plats du menu, renouvelé quotidienne- ment, comme une soupe de poulet au lait de coco, un poisson cuit dans une feuille de bananier ou des champignons émincés à la menthe et aux herbes.À moins que l’on ne profite de cette opportunité pour partager une fondue laotienne, assisté au besoin pour la cuisson par un personnel souriant et professionnel.

Après cette escapade à l’écart du centre-ville, le Palais royal reste une visite incontournable, qui se révèle finalement fort agréable grâce à l’idée lumineuse des autorités laotiennes : y interdire les téléphones et appareils photo. L’occasion de saisir véritablement l’ambiance chargée d’Histoire de cette ancienne demeure du roi Sisavang Vong, et d’en admirer l’architecture toute particulière. Mélange de styles laotiens et des Beaux-Arts français, il abrite une collection d’objets précieux en or, bronze et argent appartenant autrefois à la famille royale, ainsi qu’une profusion de cadeaux des pays amis. Aux murs, des œuvres de la française Alix de Fautereau représentant des aspects de la vie traditionnelle lao, ainsi que des scènes du Ramayana réalisées par l’artisan local Thit Tanh.

Luang-Prabang-8-Temple_Wat_Xieng_Thong-©-Basile-Morin
Luang-Prabang-5_temple_Haw_Pha_Bang-©-Basile-Morin
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Si la splendeur des mosaïques murales pourra faire regretter au visiteur de ne pouvoir en garder un souvenir visuel, celui-ci se consolera en se rendant au Wat Xieng Thong. Là, les photo- graphies sont permises et les décorations ressemblent fortement à celles du Palais. Le moment pour s’y rendre est sans conteste à la tombée du jour. On contemple le soleil descendre majestueuse- ment entre les arbres, parant les bâtiments d’une lumière irréelle.

Au crépuscule, la ville semble retrouver toute son authenticité, son charme d’antan. Les rues se trouvent désertées par les touristes agglutinés en haut du Mont Phousi, seuls résonnent le gong et les chants des moines emplissant les ruelles d’une longue prière qui semble se propager de temple en temple. Les bords du fleuve s’animent, une multitude de petites terrasses se tiennent prêtes à accueillir des convives, pour un cocktail ou un dîner au bord de l’eau. Les bâtiments, les plantes, les visages, tout alentour se voit enveloppé d’un éclat orange doré. S’offrir une croisière sur le Mékong en fin de journée peut alors constituer une expérience inoubliable. Des bateaux comme celui de Sa Sa Sunset Cruise proposent de profiter du coucher de soleil depuis le milieu du fleuve, permettant ainsi d’admirer la descente hypnotique du disque rouge, d’une taille, d’une netteté et d’une couleur sans pareil.

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