Nature : Phuket se mobilise

Nature : Phuket se mobilise

ECOLOGIE

NATURE : PHUKET SE MOBILISE

Par Caroline Laleta Ballini

3 Mai 2019

La «perle d’Andaman» se situe au cœur d’une région particulièrement impactée par les méfaits écologiques du tourisme de masse. Elle constitue désormais aussi le berceau d’Oceans For All, une fondation à but non lucratif dont la vocation s’affiche clairement : défendre les océans.

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Les plages de Thaïlande, tant convoitées par des millions de touristes chaque année, reflètent hélas désormais l’état global de nos océans. Les plages immaculées ne sont plus qu’une nostalgie de quinquagénaires. La mer éructe sans cesse plastiques, bouteilles et débris en tout genre sur les kilomètres de plage du royaume, alors que le tourisme, pas tou- jours responsable, ne cesse d’augmenter…

Nous savons tous que la quantité grandissante de dioxyde de carbone (CO2) est responsable du réchauffement atmosphérique et du changement climatique. En revanche, peu de gens savent que la plus grande quantité de CO2 est absorbée par les océans et provoque en conséquence l’acidification et l’augmentation des températures de l’eau. Ce processus se montre directement responsable de la détérioration et à terme de la disparition des récifs coralliens. Ceux-ci sont pourtant essentiels, car ils main- tiennent l’équilibre des écosystèmes marins.Alors, n’oublions pas que sans vie dans les océans, aucune vie sur terre n’est possible. Et pourtant, nous avons déjà pollué, épuisé et détruit en partie cette ressource précieuse…

Il est du devoir de ceux qui ont décidé de s’installer dans le royaume de participer, chacun à sa manière, à la restauration de l’équilibre de l’écosystème marin partout où celui-ci est forte- ment affecté par les activités humaines et notamment touristiques.

Mais tout d’abord, on ne le répétera jamais assez, simplement en changeant quelques habitudes quotidiennes : en réduisant sa consommation de bouteilles en plastique et en privilégiant les bouteilles en acier inoxydable à remplir soi-même, en évitant d’acheter des produits dans des emballages en plastique, en ban- nissant les gobelets, couverts et pailles en plastique jetables. Il faut 450 ans pour qu’une seule bouteille se dégrade naturellement et 25 % de nos déchets plastiques se retrouvent dans l’océan. Également en participant au nettoyage des plages autour de chez soi avec des associations comme Trash Hero (présents dans tout le royaume www.trashhero.org/our-network), ou en prenant l’habitude d’aller à la plage avec de grands sacs poubelle. Enfin, en soutenant une organisation qui protège la vie marine…

 

OCÉANS POUR TOUS ET TOUS POUR L’OCÉAN

À l’initiative de deux plongeurs passionnés de la mer, David Martin, spécialiste du comportement des requins et défenseur de leur protection et de leur conservation et Thibault Salaun, gérant d’une flotte de yachts de luxe disponibles en charter, la fondation à but non lucratif Oceans For All est née dans le but d’organiser des ressources et de financer des actions dédiées à ce sujet. Ils opèrent actuellement dans les zones très touchées par l’industrie du tourisme autour de Phuket et de laThaïlande.

Ils sont soutenus dans leurs actions par un comité de conseil réunissant des personnalités internationales ou locales telles que Pierre-Yves Cousteau (fondateur de Cousteau Divers), Nicolas Hulot (ancien ministre de l’Ecologie, créateur de la Fondation pour la Nature et les Hommes), Henry Landes (directeur exécutif de la Fondation Good Planet), Dr Konkiat Kittiwattanawong (chef de l’unité des espèces en danger du Centre de Biologie Marine de Phuket), Dr Jean Jaubert, (inventeur du système Microcean, ancien chef d’expédition de la Société Cousteau, comité scientifique de la fondation Prince Albert II de Monaco et ancien directeur de l’Institut océanographique de Monaco) pour n’en citer que quelques-uns.

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PETIT RAPPEL DES FAITS

Les océans couvrent 72 % de la surface de laTerre et sont essentiels à l’humanité. Chaque être humain dépend de la mer, même s’il vit dans des zones reculées. L’océan joue un rôle fondamental dans la régulation du climat mondial : il échange de la chaleur et des gaz avec l’atmosphère grâce aux courants et aux vents qui balaient la surface de la mer.

Les océans peuvent absorber environ mille fois plus de chaleur que l’atmosphère et réguler ainsi les changements climatiques, ce qui retarde leur ampleur. Grâce à la présence des végétaux marins, l’océan libère plus d’oxygène dans l’atmosphère que toutes les forêts du monde.

Approximativement 90 % de la masse totale de carbone présent dans le monde s’est d’ailleurs déposée sur le fond des océans, essentiellement sous la forme d’organismes morts. Le phytoplancton, qui ne vit environ qu’un ou deux jours, tombe sur le fond une fois mort. Par conséquent, à travers les différentes périodes géologiques, l’océan est devenu la première zone de stockage du dioxyde de carbone atmosphérique. Comme les plantes sur Terre, le phytoplancton se trouve à la base de la chaîne alimentaire des animaux marins.

Le corail ou polype n’est pas une roche, mais un animal très fragile servant de nourriture, d’habitat, de nurserie, de terrain de chasse, de jardin, de filtreur d’eau, à presque toutes les espèces marines tropicales. La disparition du corail entraîne celle de nombreuses espèces marines. Pouvons-nous imaginer une terre sans arbres, ni plantes ? Or le plancton et les algues meurent, alors qu’ils produisent 70 % de l’oxygène terrestre.

Certains coraux vivent en effet en symbiose avec la zooxanthelle, une algue qui se nourrit et nourrit le corail avec le CO2 (qu’elle transforme). Ce CO2 est rejeté par le corail lors de sa respiration. Mais, lorsque la mer se réchauffe trop, le corail rejette l’algue, il blanchit, et n’est plus nourri, donc il meurt et sa structure devient plus fragile, ce qui réduit également sa capacité à protéger les côtes contre les ondes de tempête et l’érosion (un récif corallien en bonne santé réduit l’énergie des vagues de 97 % en moyenne).

94% de la vie sur terre est aquatique
100% de la vie sur terre dépend des océans
Les océans produisent 70% de l’oxygène que nous respirons.

AGIR AVEC OCEANS FOR ALL

Les projets de Oceans For All commencent d’ailleurs par la restauration des coraux à travers un programme de développe- ment de l’agriculture corallienne et la construction d’une ferme corallienne terrestre à Phuket, à l’aide de la technologie inventée par le Dr. Jaubert, de la Fondation Prince Albert II de Monaco.

Biologiste marin et Docteur en océanographie, grand spécialiste des coraux constructeurs de récifs, il a été détaché en 1992 en Principauté de Monaco pour y fonder l’Observatoire océanolo- gique européen. Ses équipes ont notamment découvert la manière dont les récifs coralliens, équivalents marins des forêts primaires, participent au maintien des grands équilibres de la biosphère.

Ils ont mis au point un procédé de purification biologique de l’eau de mer qui permet l’élevage des coraux en aquarium :Microcean®, déjà mis en œuvre au musée océanographique de Monaco.

Ce système permet aux coraux de pousser plus rapidement afin d’être ensuite replacés aux alentours de Phuket (en collaboration avec des agences gouvernementales et des ONG locales) sur les récifs endommagés par les activités touristiques, comme Koh Phi Phi, Koh Racha et d’autres endroits autour de Phuket où 90 % des récifs ont été détruits suite au passage quotidien de plus de 5000 touristes durant les 18 dernières années. Sur ce projet particulier, Oceans For All est soutenu par la Fondation Leonardo Di Caprio qui promet de relayer sa progression sur ses réseaux sociaux. La ferme à corail deviendra aussi une attraction touristique à vocation éducative pour les amoureux de la nature.

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Roger Horrocks Photography
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UN VASTE PROJET DE COMPENSATION CARBONE : LE BLUE PASS.

La ressource la plus attractive et précieuse des stations balnéaires et du yachting ne coûte rien : l’océan est totalement gratuit ! En participant activement à la conservation de l’environnement marin, l’industrie du tourisme préserve son atout majeur autant que sa réputation, à une époque où le grand public est de plus en plus informé et surtout concerné par l’état de nos océans.

Les hôtels, les propriétaires de yachts, les agences de voyages, mais aussi les particuliers peuvent compenser leur empreinte carbone en achetant leur Blue Pass, qui correspond à la quantité de CO2 générée par leurs activités et ainsi aider nos océans à travers les activités de la fondation. Oceans For All va à leur rencontre pour leur expliquer combien de CO2 ils produisent annuellement.

Notre empreinte carbone représente la quantité de dioxyde de carbone (C02) que nos activités récréatives et professionnelles génèrent, de la combustion dans les centrales produisant l’électricité utilisée dans les hôtels ou les maisons aux émissions de nos automobiles, bateaux ou voyages aériens. Par exemple, à Phuket un hôtel de 100 chambres et sans programme particulier d’énergie renouvelable consomme une quantité d’électricité qui correspond à plus de 1000 tonnes de CO2 par an rejetées dans l’atmosphère. La fondation permet de mettre en place des stratégies financières impliquant leurs clients et leur permettent de compenser leur empreinte carbone (c’est-à-dire traduire ces excès de CO2 en dons). Ils obtiendront ainsi leur certificat Blue Pass.

Le Blue Pass constitue donc un moyen de compenser votre empreinte carbone en faisant le don correspondant pour contribuer au financement des projets de la fondation, à raison de 300 bahts par tonne de CO2. Ce taux est basé sur le prix de compensation du carbone le plus bas appliqué aujourd’hui dans le monde.

De nombreux autres projets qui pourront être parrainés par des hôtels partenaires souhaitant impliquer leurs clients sont en cours de développement. Parmi ceux-ci, la remise en liberté d’espèces juvéniles en danger (requins, hippocampes, etc…) pour favoriser la restauration de la chaîne alimentaire marine, ou le nettoyage de la baie de Phang Nga avec le premier catamaran à énergie électro-solaire – créé par 2 ingénieurs français – destiné à collecter le plastique flottant. La fondation négocie actuellement avec les producteurs et des acteurs de la franchise James Bond pour soutenir ce projet, la principale attraction de la baie étant James Bond Island, lieu du tournage de L’homme au pistolet d’or

www.oceansforallfoundation.org
www.facebook.com/oceansforallfoundation

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CALCULER SON EMREINTE CARBONE

Électricité

Selon les données officielles du ministère de l’Énergie thaïlandais en 2018 (www.eppo.go.th),1kWh consommé correspond à 0,515kg de CO2 envoyé dans l’atmosphère.
Exemple : à Phuket, une famille dont la facture d’électricité s’élève à 3000 bahts par mois (environ 800kW) génère une empreinte carbone de 4,9 tonnes de CO2 par an. Par conséquent, le prix correspondant de leur BluePass est de 1484 bahts par an. Outre l’empreinte carbone générée par votre consommation d’électricité, vous pouvez effectuer ce calcul en ajoutant les émissions de CO2 générées par votre véhicule, votre bateau et vos déplacements aériens.

Véhicule

Les émissions de CO2 de votre véhicule en Thaïlande dépendent de nombreux facteurs tels que le type de votre véhicule, votre vitesse, la taille de votre moteur et le type de carburant que vous utilisez. Pour simplifier, nous avons pris les données moyennes. (Source : Institut de recherche sur l’environnement, Université Chulalongkorn, Bangkok)

Emissions moyennes de CO2

  •  Bus (8,500 cc) : 1200 g/km
  • Pick-up & Van (2500 cm3) : 270 g/km
  • Voitures particulières (2000 cm3) : 170 g/km
  • Motocyclettes (125 cm3) : 44 g/km

Bateaux

L’empreinte carbone de votre bateau est constituée par les émissions de CO2 résultant de la combustion du carburant contenu dans votre ou vos moteurs. En moyenne, à la vitesse de croisière, les moteurs diesel inboard génèrent 2,55 kg de CO2 par litre consommé et les bateaux à moteur à essence hors-bord 2,35kg de CO2 par litre. (source : Environmental Protection Agency [EPA])

Avion

En tant que passager individuel, le calcul de la moyenne de l’empreinte carbone lorsque vous voyagez en avion est de 110g de CO2 par kilomètre. (Source : blueskymodel.org)

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