Jisbar, Pop Art à part

Jisbar, Pop Art à part

PORTRAIT

Jisbar, Pop Art à part

Catherine Vanesse

9 Février 2018

Figure de proue du nouveau pop art français, Jisbar pose sur la toile des instants de vie aux couleurs flashy et aux messages secrets. Globe-trotter invétéré, l’artiste connaît mieux les halls d’aéroports que les villes qu’il traverse, de San Francisco à Venise en passant par Londres, Jisbar pose pour la première fois ses pinceaux à Bangkok.

Plongé dans les milieux de l’art et du skate depuis l’enfance, Jisbar a grandi un pinceau à la main entre des visites d’expositions et des discussions avec les artistes dont sa mère collectionnait les œuvres. Originaire de Val-d’Isère et désormais installé à Paris, le trentenaire
n’a pourtant pas suivi un parcours classique et se définit plutôt comme autodidacte influencé par l’énergie d’Andy Warhol et l’audace de Jean-Michel Basquiat, ainsi que par les icônes de sa génération et les médias.

Street artiste, pop artiste ou street pop artiste, Jisbar accepte toutes les étiquettes : « J’aime bien dire que je suis juste peintre. J’ai une appétence pour le pop art, dans le passé, j’ai souvent repris Mickey par exemple. Au bout d’un moment, je trouvais que je tournais en rond et que tout le monde jouait avec les mêmes icônes. J’ai commencé à utiliser d’autres sujets plus classiques comme la Jeune Fille à la perle de Johannes Vermeer, que je reprends à ma manière. Je me renseigne sur la toile d’origine, sur son histoire et je la détourne, je lui applique mon style. Je ne dirais pas que je suis pionnier, mais plutôt que le sujet a été peu utilisé et surtout parce que ça m’éclate », explique-t-il.

Symbole d’une génération qui a grandi avec les personnages de Marvel, Mickey ou Astro le robot, Jisbar se passionne autant pour l’histoire de l’art que pour l’art de la rue et semble sans cesse chercher à prendre une longueur d’avance sur ses contemporains : « actuellement, il y a de plus en plus de talents, c’est un art en croissance et ça permet à cet art de rayonner. Il y a quelques années, à Paris, il n’y avait qu’une seule galerie qui mélangeait la street art et le pop art, aujourd’hui de plus en plus de galeries allient les deux. En France, dans le milieu de la pop-street-art, ils font tous des Mickey, des Picsou, c’est très bling-bling, j’essaye de me détacher de ces influences même s’il y a de très belles choses. Parfois, je me dis que ce n’est pas impossible que d’ici deux ou trois ans, ils fassent tous des Mona Lisa ».

Pablo Picasso, Salvador Dali, Johannes Vermeer, Frida Kahlo, Gustav Klimt… à l’aide de ses Posca, de sa peinture acrylique, de ses bombes uo ou de collages, Jisbar réalise des œuvres teintées d’ironie et remplies de détails.

« Mon objectif est de réunir de nombreux éléments, plus on se rapproche de la toile et plus on y découvre les différentes couches, je veux que les gens ne se lassent pas. Quand je peins, j’écoute de la musique ou la radio et souvent ce que j’entends apparaît dans mes toiles. En général, il me faut trois jours pour réaliser un tableau et le résultat représente comme une photographie des trois jours vécus dans mon atelier, s’il y a une fille qui me parle, je le note, quand j’ai changé de numéro de téléphone, pour ne pas l’oublier je l’écrivais sur mes toiles, pareil avec mon code wifi… c’est pour ça que je décris mes œuvres comme des instants de vie », précise-t-il.

Artiste connu qui vit pleinement de son art, le jeune homme a commencé à peindre vers 7-8 ans et à vendre ses premières toiles vers 19 ans. Le succès s’est traduit par une série d’événements qui ont fait décoller sa carrière, comme le jour où un inconnu lui achète trois tableaux… Cet acheteur n’est autre que Norman « fait des vidéos » Thavaud, l’un des premiers Youtubeurs star français. « Il était au tout début de sa carrière, on voyait ma toile en arrière-plan de sa vidéo, ça m’a permis de trouver des galeries ».

En 2016, il expose au Musée National de l’Histoire de l’immigration à Paris une toile monumentale qui représente ses valeurs et références culturelles en matière d’immigration. Parmi les invités de prestige qui visitent le musée : le président François Hollande, accompagné de nombreux médias. Une mise sous les feux des projecteurs qui lance véritablement sa carrière en France. Au niveau international, la marque de skateboard Santa Cruz organise une exposition itinérante à travers le monde avec différents artistes et s’associe avec de jeunes talents au fil des pays traversés. Jisbar se retrouve partie prenante de cette exposition, qui se clôture à Santa Cruz en Californie, à deux pas de San Francisco où l’artiste trouve une galerie d’art pour le promouvoir. « De fil en aiguille, je ne travaille presque plus qu’à l’international, principalement à Los Angeles, San Francisco, Londres,Venise, Lausanne, en Australie… », précise-t-il.

Il ne manquait dès lors plus que l’Asie au jeune français, qui revendique un quart d’origine chinoise, et c’est encore presque par hasard qu’il présentera une vingtaine d’œuvres exclusives à Bangkok, du 30 janvier au 13 mars au So Sofitel.

« Un jour, j’ai posté une photo sur Instagram, Jisbar a commenté et de là on a commencé à échanger quelques messages, je suis allé voir ce qu’il faisait et j’ai adoré. En fait, on s’est rencontrés grâce aux réseaux sociaux » explique Laurent Macaluso, directeur de Mozart Advisory, qui organise l’exposition et représente Jisbar en Asie.

L’artiste s’en réjouit : « Je suis super content de venir à Bangkok. J’aimerais avoir avec moi des pochoirs pour customiser des sacs ou des t-shirts de gens pour apporter un côté interactif à l’événement. Ensuite, il devrait y avoir une after-party avec un côté moins formel et là…»

Outre ses toiles, Jisbar collabore régulièrement avec le milieu de la mode, customisant des chaussures de la marque JM.Weston ou réalisant une collection capsule de T-shirts et de sacs pour Armani :«Je reçois des propositions tous les jours, pour des expositions ou des collaborations, je n’accepte pas n’importe quoi, il faut que ce soit éthique, profitable pour mon art et que mon art apporte une plus-value au projet que ce soit pour de grandes marques ou des moins connues. Par le passé, j’ai peint sur du cuir de crocodile ou d’autruche, aujourd’hui je
ne le fais plus, par choix moral. Dans le futur, j’aimerais réaliser une collection entière pour une marque de fringues».

Toujours en mouvement et jamais à court d’idées, après son passage à Bangkok, le jeune homme sera à Los Angeles avant de participer pour la troisième fois à la Biennale de Venise.

« Je suis un adepte des projets fous, j’aimerais peindre un avion ou un bateau, voir même réaliser un Live painting dans un hélico ou sur un immeuble ! Là, je m’apprête à toucher le milieu asiatique et je suis sûr que je vais kiffer!» conclut-il avec enthousiasme.

Jisbar’s Playground Exhibition
So Sofitel, du 30 janvier au 13 mars
www.so-sofitel-bangkok.com/so-happening/jisbars-playground
www.jisbar.jimdo.com
www.instagram.com/jisbar
Laurent@mozart-advisory.com
www.mozart-advisory.com
www.instagram.com/Laurent_mozart

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