Trois jours à Phnom Penh

Trois jours à Phnom Penh

ESCAPADE

Trois jours à Phnom Penh

Laurence Labadens

30 Janvier 2018

«Passer trois jours à Phnom Penh? Quelle drôle d’idée!» vous diront certains. Et pourtant…Il est temps d’ouvrir les yeux! La capitale du Cambodge est bien plus qu’une étape mineure sur la route des temples d’Angkor et mérite largement qu’on lui consacre au moins 72 heures.

Avant tout, il convient de vous choisir un bon hôtel et de préférence avec piscine afin de vous assurer des pauses rafraîchissantes eu égard à la température extérieure. Bien que services 5* et luxueux aménagements sont garantis au Raffles Hôtel Le Royal, au Sofitel Phokeethra ou au Rosewood, une kyrielle de charmants boutique-hôtels offrent un hébergement des plus confortables, notamment si la verdure fait partie de vos critères : Le Pavilion, la Villa Langka, l’Iroha Garden, La Plantation, la Villa Samsara ou encore le Kabiki, un des favoris des pigistes de Latitudes.

Quoi qu’il en soit vous n’aurez que l’embarras du choix. Ceci réglé, il est temps de vous livrer quelques clés pour remplir vos journées.

PASSÉ RECOMPOSÉ

Pour comprendre et apprécier Phnom Penh il faut en connaître un peu l’Histoire, car elle revient de loin cette métropole, aujourd’hui affairée à s’ancrer dans le 21ème siècle alors qu’elle n’a pu reprendre son destin en main que dans les années 90.

A faire absolument le premier jour, le Phnom Penh Heritage Tour , une excellente entrée en matière. Ce city-tour de 2 heures en tuk tuk, accompagné d’un guide virtuel sur tablette, fait remarquablement le lien entre présent et passé. Alors que le trajet vous révèle les trépidations de la ville d’aujourd’hui, 19 arrêts vous enseignent son histoire, en images et avec commentaires dans la langue de votre choix, à travers celle de 22 sites emblématiques. Au-delà d’être richement documentée et très instructive, cette balade constitue une superbe source d’inspiration qui permet de connaître et de sélectionner des lieux auxquels vous pourrez par la suite consacrer plus de temps.

Nul doute également que cette promenade dans les couloirs de l’Histoire vous aidera à porter un regard plus indulgent sur une capitale en pleine évolution. Certes, elle manque encore cruellement d’infrastructures et se pique de grues, concentrée à faire pousser toujours plus de buildings alors que de nombreux trottoirs encore défoncés sont ponctués de tas d’ordures. Dans sa circulation de dingue, heureusement beaucoup plus lente que celles de Bangkok ou Saïgon, tuks tuks, motos et grosses berlines s’entremêlent dans un ballet anarchique dont seuls les locaux maîtrisent les codes.

DU GRAND CLASSIQUE À L’EXCLUSIVITÉ

Inspirées ou pas par le Phnom Penh Heritage Tour, quelques visites se montrent indispensables. Rendez-vous notamment au Musée national, véritable temple de toutes les périodes de l’art khmer, mais également magnifique bâtiment, ou encore allez flâner dans les jardins manucurés du Palais Royal à la découverte de ses beaux édifices, telle la Pagode d’Argent ou la Salle du trône. Et si les émotions fortes ne vous font pas peur, plongez dans l’horreur du régime Khmer rouge dans l’ancienne prison S21, devenue le Musée du génocide Tuol Sleng (surtout prenez l’audioguide proposé, il est formidable).

Pour revenir à notre époque en privilégiant le mode local, offrez-vous une jolie promenade en compagnie de Christine «Waterlily» Gauthier  (+855 (0)12 812 469).

Installée au Cambodge depuis 1996, cette Française qui maîtrise l’anglais et le khmer, créatrice de mode et d’accessoires avant tout, n’a pas son pareil pour vous emmener à la rencontre de différentes communautés tout en vous révélant des endroits secrets ne figurant dans aucun guide, des trésors architecturaux cachés, des marchés vraiment typiques et des petits métiers quasiment oubliés.

Si vous êtes en manque d’exercice physique, n’hésitez pas à lui demander de vous accompagner au Stade olympique pour fouler la piste aux côtés des sportifs de la Fédération d’Athlétisme du Cambodge ou pour vous mêler à une séance d’aérobic publique. Une belle occasion de découvrir un fleuron de la «Nouvelle architecture khmère» qui présida au développement de la ville dans les années 60, sous la houlette du grand architecte Vann Molyvan.

CHEMINS DE TRAVERSE

Comme beaucoup de ses voisines asiatiques, Phnom Penh ne facilite pas la marche à pied en raison de ses trottoirs encombrés de petits commerçants (mais également de voitures !). Par bonheur, certaines rues plus que praticables réservent de bien jolies surprises, témoignant des vibrations d’une ville où la jeunesse impose de plus en plus son style.

Ancien repaire animé de backpackers, le quartier de Boeung Kak Lake est tombé dans l’oubli lorsque, dans le cadre d’un vaste programme immobilier, le lac a été asséché. Cependant tout passionné de Street Art de passage à Phnom Penh sera heureux d’aller arpenter la tranquille Street 93 dont les murs ont été colorés par nombre de talentueux artistes et grapheurs locaux et internationaux.

L’art urbain a aussi relooké une sympathique ruelle reliant les rues 240 et 244, connue sous le nom de Allée 240 1⁄2. Des petits commerces pleins de caractère contribuent à son charme, comme Wang Dang Doodle vendant pêle-mêle tableaux et vieux vinyles, Cambodian Creations qui regorge de jolies pièces d’artisanat éthique, l’ARTillery Café apte à rassasier tous les appétits végétariens ou encore Bee, spécialisée dans les vêtements vintage et son Bong Bong Bong Bar où se désaltérer.

Plus étroite encore, une venelle donnant sur la rue 240 mène au très privé Wednesday Bar. Accessible uniquement sur demande (+855 (0)93 983 654), ce rendez-vous convivial d’une poignée d’amis créateurs et stylistes de mode n’a lieu, comme son nom l’indique, que le mercredi.Tous sont collectionneurs de vêtements griffés des plus grands noms de la Haute-Couture mondiale et se font un plaisir d’exhiber leurs trésors et parfois même d’en céder quelques-uns…

Cachée entre les rues 288 et 294 et donnant sur la rue 51, une autre artère discrète mérite de s’y attarder. La gent féminine aura du mal à résister aux modèles d’une élégante délicatesse imaginés par deux soeurs cambodgiennes, Neary et Borany, dans leur jolie boutique Un été à Kep-sur-Mer. Ici se trouve également le Bistro Langka, comptant parmi les meilleures tables de Phnom Penh. Les propriétaires du lieu n’ont qu’un seul credo : servir généreusement une cuisine française pleine de créativité et de fraîcheur. Et franchement c’est une réussite ! (réservation conseillée : +855 (0)70 727 233). Le dernier atout à signaler se cache derrière un gros distributeur de Coca-Cola qui se révèle en fait la porte d’entrée du BattBong, un bar speakeasy à la superbe ambiance dont les breuvages aident vite à refaire le monde.

SHOPPING SENTEURS

Phnom Penh possède de quoi séduire avec caractère et vous faire dépenser quelques dollars. Les super boutiques pour vous équiper de la tête aux pieds ne manquent pas, de la très chic couture d’Eric Raisina (Hôtel Raffles Le Royal) aux lignes épurées des créations de Don Protasio (Off street 240), en passant par les accessoires et vêtements uniques de Waterlily à la même adresse que les vraies Tropéziennes du Boudoir (37 street 240) sans oublier les espadrilles made in Cambodia d’Amboh (45 street 21).

La princesse Sita Norodom, ambassadrice du Raffles, nous a confié son adresse préférée : «À chaque fois qu’on me demande chez qui je m’habille, la personne dont je parle avec beaucoup de fierté est mon amie très chère Romyda Keth, on peut trouver ses créations chez Khmer Attitude au Raffles, ou dans sa propre boutique Ambre (37 street 178). C’est une styliste cambodgienne de France, comme moi. Elle utilise essentiellement les tissus asiatiques, cambodgiens et travaille avec beaucoup de broderies. On ne parle que des couturiers et stylistes étrangers, mais nous avons aussi de petits diamants chez nous.»

Les immenses centres commerciaux ultramodernes vous attirent? Aeon Mall 1 et Aeon Mall Sok San City peuvent vous convenir, mais pour une moisson de petits cadeaux à glisser dans votre valise, faites donc plutôt le tour des grands marchés (Central market, Russian market, O’Russey).

Enfin, la rue 178 regroupe nombre de magasins d’artisanat, bien que le haut de gamme en la matière se trouve chez Artisans d’Angkor, street 13.

DIVINE PALETTE AU CRÉPUSCULE

Comme Cannes, Phnom Penh a sa « Croisette ». Frangée de palmiers, la promenade aménagée tout le long du quai Sisowath se montre des plus agréables en fin d’après-midi. Joggeurs et marcheurs s’y croisent, car, ô bonheur, le sol est absolument plat sur des kilomètres.Adeptes du dacau ou du tot sey (sortes de badminton cambodgien) se réunissent autour d’un volant et les familles s’installent ça et là pour profiter un peu de l’air du fleuve et des derniers rayons du soleil couchant.

Une croisière à bord du Kanika offre alors l’opportunité vraiment spéciale d’admirer les couleurs flamboyantes du ciel tout en jouissant d’une autre perspective sur la ville. Ce magnifique catamaran vous embarque pour une virée sur le Mékong et le Tonlé Sap au cours de laquelle vous vous délecterez non seulement d’une vue imprenable sur la skyline de Phnom Penh, mais aussi d’un vaste choix de boissons et de nourriture de qualité, le tout agrémenté d’une brise salvatrice.

A l’heure où l’astre solaire tire sa révérence et où les premières lumières scintillent, le Sora ne pourra lui aussi que vous séduire. Dernier né des sky-bars de la capitale et faisant partie du Rosewood Hotel, sa terrasse semble comme suspendue au 37ème étage de la tour Vattanac. Il va sans dire que le panorama est à couper le souffle! (tout comme la carte très stylée de boissons maltées contenant quelques belles raretés).

MULTIPLICATION DE TABLES

Nous laissons à Bangkok le titre de championne toutes catégories des cuisines de rue et bien que Phnom Penh soit vraiment fournie dans ce domaine nous n’avons pas de recommandation spécifique si ce n’est d’être attentif à la façon dont les plats sont préparés (question d’hygiène et de fraîcheur). En revanche, vous allez être étonné par le nombre de restaurants défendant les cuisines du monde.

Au Royaume du Cambodge, vous vous devez évidemment avant tout de goûter à la cuisine khmère. Au Malis (136 boulevard Norodom), le célèbre chef Luu Meng met tout son talent à sublimer les spécialités authentiques. Dans un patio enchanteur agrémenté de bassins, le fish amok s’offre à son meilleur. D’autres restaurants moins huppés comme Labaab (en étage au 93 Monivong boulevard), Sugar Palm (13 street 178), Romdeng (74 street 174) et Friends (215 street 13) se révèlent tout aussi savoureux, tant au niveau du cadre que du contenu des assiettes.

Quant aux tables étrangères, elles sont si nombreuses que nous nous contenterons de vous livrer quelques coups de cœur : La Terrazza (1 street 282), une digne ambassadrice de l’Italie, des antipasti jusqu’aux desserts, l’Aroma (188 street 13), qui vante la cuisine méditerranéenne en faisant la part belle aux mezze libanais, tandis que juste en face, au N° 223, Pépé Bistro surfe sur la bonne cuisine française de nos grands-mères avec une sacrée dose de créativité. Enfin, dans une superbe villa coloniale des années 20, le Bouchon (82 street 174) propose grillades fabuleuses et carte française accompagnées d’une très belle sélection de la cave.

COUCHE-TARD

A Phnom Penh, les oiseaux de nuit ne sont pas en reste. Oskar Bistro (159 quai Sisowath) s’est taillé une solide réputation de spot de fêtards avec ses soirées à thème, ses DJ sets, ses breuvages originaux et ses bons petits plats qui vous entraînent jusqu’à 2h du matin.

Au chapitre des petites rues surprenantes, Bassac Lane se distingue au niveau de son animation. Alignant une en lade de bars « à touche-touche » noyés de musique, cette allée donnant sur la rue 308 s’impose comme une plaque tournante des nuits phnompenhoises.

Enfin, le Pontoon (street 172), qui œuvre depuis déjà fort longtemps au rapprochement des cultures occidentale et khmère, mais où on trouve tout de même une salle avec de la bonne électro, constitue avec le Vito (street 208) des valeurs sûres pour vous déhancher jusqu’au petit matin.

Finalement, trois jours ne suffiront sans doute pas à suivre toutes nos recommandations. Qu’à cela ne tienne, vous reviendrez !

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