Raphaël Seyfried, le Cambodge en rolls

ARTISTE

Raphaël Seyfried

Le Cambodge en rolls

Christophe Chommeloux

31 Décembre 2018

« Partir pour rencontrer de nouvelles personnes, découvrir d’autres cultures et raconter mes aventures à travers le dessin…» Raphaël Seyfried a transformé les rêves de voyages de son adolescence en moteur de vie.

En Alsace, dans la ferme familiale, l’envie viscérale de voyager l’a cueilli à l’âge de 15 ans pour ne plus jamais le quitter. Quelques années plus tard, Raphaël s’est enfin décidé à franchir le pas pour vivre ses rêves et non se contenter de l’inverse. Il a donc tourné le dos à une situation confortable d’architecte-urbaniste pour se transformer en globe-trotter armé de carnets et de crayons.

Sa première étape fut l’Albanie, où il fournissait des archéologues suisses en esquisses. Puis il a embarqué sur Océan 71, un magazine spécialisé dans la protection des fonds marins en Méditerranée, ce qui l’a naturellement mené en Grèce où il s’est posé quelque temps avant de s’envoler pour des destinations plus lointaines : la Nouvelle-Zélande, l’Australie…

Le sympathique et talentueux artiste français s’est aujourd’hui fixé au Cambodge, où ses Travel Rolls rencontrent un succès grandissant.

Raphaël, comment es-tu arrivé au Cambodge ?

Je voulais absolument découvrir l’Asie, que je ne connaissais pas. Étant fan de vieilles pierres depuis toujours, j’ai fortement ressenti l’appel des mythiques temples d’Angkor. J’ai bouclé mon sac à dos et… voilà déjà deux ans que je suis installé dans ce pays attachant!

Comment as-tu eu l’idée des Travel Rolls ?

J’avais 34 ans lorsque je suis arrivé au Cambodge. Je voyageais depuis déjà longtemps et j’étais presque fauché. Je savais qu’il me faudrait vite prendre une décision : soit je tirais un trait sur mes envies d’ailleurs et je rentrais chez moi, soit je trouvais une solution pour m’autofinancer afin de pouvoir poursuivre ma route. Et franchement, il était hors de question que mon rêve se brise pour une question de tunes!

J’adore les bouquins, les artefacts, les vieux bibelots et au Cambodge je ne trouvais rien à acheter qui aurait pu me plaire. Alors j’ai décidé de créer quelque chose à mon goût. J’avais en tête de présenter mes dessins sur une longue bande de papier qui pourrait être conservée roulée. J’aimais l’idée que la découverte se fasse au fur et à mesure que le rouleau est déroulé et que cet objet inédit, imaginé au départ pour moi, plairait sûrement à d’autres.

C’était le moment ou jamais de me lancer. J’avais encore 500 dollars en poche, mais il fallait que je trouve le bon imprimeur… Et là quelle galère ! Après un mois de recherches infructueuses, c’est finalement l’Institut français du Cambodge, l’IFC, qui a résolu mon problème en me mettant en contact avec le sien.

Le test en imprimerie m’a coûté mes derniers sous, mais a été concluant. Le résultat correspondait exactement à ce que j’at- tendais, c’était trop bien ! Parti d’un seul dessin je me retrouvais riche de 100 rouleaux. J’ai sauté dans mon minivan et me suis rendu directement au marché de nuit de Siem Reap (NDLR: Une valeur sûre en termes de fréquentation, tant locale que touristique). En 7 jours j’avais tout vendu ! J’en ai fait imprimer d’autres, ça partait comme des petits pains. J’étais heureux du succès obtenu par ma création, le « Travel Roll ».

Comment se fait-il que tu n’aies pas changé de pays depuis 2 ans ?

En fait, j’ai constaté que l’éphémère n’était pas ma tasse de thé. Me rendre dans un pays à l’autre bout du monde pour n’y rester que 3 semaines ne m’intéresse pas. J’ai besoin de beaucoup plus de temps pour l’explorer à fond, en apprécier les moindres attraits, m’en imprégner. C’est un peu comme l’architecture. Il faut s’investir complètement dans un projet, évaluer tous ses aspects pour être sûr de ne pas avoir raté quelque chose.

Et puis j’aime le Cambodge. Ce pays m’a déjà tant apporté, ses contrastes ont nourri ma créativité, sa réalité m’a fait grandir. Et il me reste encore beaucoup à découvrir.

En plus, c’est cool, les Travel Rolls plaisent aussi bien aux Khmers qu’aux expatriés et aux touristes. J’en vis aujourd’hui. J’ai déjà traité notamment des temples d’Angkor, du Ratanakiri, du Mondol Kiri et de Kratie, des provinces de l’est du pays beaucoup moins visitées et c’est bien dommage. Certaines séries épuisées sont redemandées et ma carte du Cambodge fait un tabac. C’est sûr, mes rouleaux plaisent bien et je continue à en faire, mais j’ai un objectif final en tête : compiler l’ensemble de mon travail dans un Travel Roll géant, une sorte de rouleau à la Sur la route de Jack Kerouac. Même les dessins qui n’ont jamais été édités y figureront, et il y a de la matière parce que pour sortir un rouleau de 1,5m je fais environ 3 mètres de dessins.

Comment fais-tu pour que tes dessins soient si détaillés ?

D’abord je me balade. Dessiner hors des sentiers battus me permet de capturer toute l’authenticité de la vie khmère. J’adore Angkor, mais le Cambodge ne se résume pas qu’à ça.
Ce pays, c’est aussi les jeux sur le pavé ou encore la dame du marché dont le métier est de peser les gens sur une balance pour 500 riels. C’est de toutes ces choses étonnantes dont je tiens aussi à témoigner dans mes Travel Rolls, comme à une autre époque Delaporte a dessiné minutieusement les temples d’Angkor ou Groslier les positions des mains des danseuses de ballet traditionnel cambodgien.

Tous les dessins de mes premiers rouleaux ont été faits sur site et encore aujourd’hui, le dessin de base est quasiment toujours réalisé de cette façon. Je me pose, j’observe, je prends mon temps. Et si je ne peux pas finir, je reviens le lendemain. Certains prennent des photos pour conserver ce qu’ils voient, moi je le dessine. Suite à un accident, j’ai dû apprendre à travailler aussi dans un petit bureau que je me suis aménagé. Au final je me suis rendu compte que c’était un réel avantage : mes dessins sont beaucoup plus fouillés que lorsque je suis uniquement sur le terrain.

Ma méthode, c’est les crayons d’abord, toujours. Puis une première couche d’aquarelle, pour la colorisation, suivie d’une seconde et d’une autre encore. J’utilise ensuite un stylo noir pour les contours. Il y a au moins 4 à 6 couches d’aquarelle et 3 fois du stylo pour obtenir des finesses de traits différentes. Enfin, la dernière touche finalise l’épaisseur du contour de mes dessins, toujours en noir, et accentue l’ombre par une ultime couche d’aquarelle.

J’ai commencé l’aquarelle en arrivant au Cambodge, mais je ne la pratique pas comme un puriste. J’ai mon propre style. De temps en temps il m’arrive de songer à en changer.

As-tu des commandes spéciales ?

J’en accepte peu parce que je déteste les contraintes. Je veux conserver ma liberté.
L’IFC m’a demandé un rouleau sur la Culture, en exclusivité et édition limitée (800 exemplaires). C’est la première commande aussi grosse que j’accepte. J’y ai mis plein de petits détails et moi qui redoute toujours de dessiner des personnages, là je me suis lâché. Il y a des roux, des handicapés, un black, des blonds, des blancs et des Khmers qui donnent des spectacles, mais aussi d’autres blancs et d’autres Khmers qui les regardent. Il y a des étudiants, du cinéma, de la cuisine parce que la gastronomie c’est aussi de l’art. Il y a un ventilo qui fait s’envoler des feuilles vers une bibliothèque, des messages dans les feuilles, et si tu assembles les choses… J’ai mis des titres de bouquins qui m’ont aidé dans la vie et des rébus, parce que « Vivre les cultures » en khmer, comment ça s’écrit?

Vends-tu tes originaux ?

Pas question ! Je les garde ! Bien qu’on me l’ait déjà demandé, je ne veux pas et ne peux pas m’en séparer. Ça arrivera peut-être un jour, lorsque j’aurai fait ma première véritable exposition, et qui sera aussi la dernière, car je ne veux en faire qu’une seule. Ce sera mon apothéose, l’aboutissement ultime de tous les dessins que j’ai accumulés… Après je passerai à autre chose.

J’ai envie de continuer à voyager, d’aller en Mongolie, en Afrique, de retourner en Australie pour explorer le n fond de l’Outback… Je ne veux pas faire que du carnet de voyage, j’ai envie d’aller plutôt vers des trucs plus sensibles, plus pensés.

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