Rencontre avec Cindy Bishop, initiatrice du #DontTellMeHowToDress

INTERVIEW

Rencontre avec Cindy Bishop,

initiatrice du

#DontTellMeHowToDresss

Catherine Vanesse

15 Novembre 2018

Forte du succès rencontré par l’exposition à Siam Paragon et au Bangkok Art and Culture Center (BACC), #DontTellMeHowToDress prend le chemin des universités de la capitale. Une excellente occasion de rencontrer l’initiatrice de cette campagne, Cindy Sirinya Bishop.

Actuellement membre du jury de l’émission «Asia’s Next Top Model », l’actrice et mannequin Américano-Thaïlandaise Cindy Sirinya Bishop a débuté sa carrière à l’âge de 17 ans, en remportant le titre de Miss Thaïlande 1996. Depuis, elle n’a cessé de se distinguer tous azimuts, jouant dans des films et séries télévisées, lançant sa propre ligne de cosmétiques « Mama’s Secret », en tant qu’ambassadrice de la marque de soins capillaires Philip B ainsi que de deux associations : Fin Free Thailand et the Camillian Home for Disabled Children. Plus récemment, et presque par hasard, elle s’est même retrouvée aux avant-postes de l’activisme féministe.

En mars dernier, suite à l’annonce de membres du gouvernement thaïlandais qui appellent les jeunes femmes à ne pas s’habiller de manière « trop sexy » pendant les festivités de Songkran, Cindy a la réaction spontanée de diffuser sur son compte Facebook une vidéo intitulée “Don’t tell me how to dress”.

Dans son témoignage, elle raconte l’agression qu’elle a subie elle-même au cours de Songkran, mais dénonce aussi notamment « une société trop conservatrice » et une culture du viol encore trop présente dans le pays. « L’alcool et la fête ne donnent pas le droit de toucher le corps des femmes», rappelle-t-elle.Très vite la vidéo devient virale et suscite de nombreuses réactions en Thaïlande sur les réseaux sociaux.

À travers le hashtag #DontTellMeHowToDress, le pays se forge enfin sa propre version de #MeToo pour parler du harcèlement sexuel.

En quoi la campagne #DontTellMeHowToDress constitue-t-elle une réponse au mouvement #MeToo ?

Je pense que la raison pour laquelle le mouvement #DontTellMeHowToDress a eu un impact aussi rapide est qu’il offre une bonne porte d’entrée à #MeToo. Pour les Thaïlandais, il est difficile de dénoncer quelqu’un, nous sommes dans une culture où on évite toute confrontation directe, où l’on ne pointe pas quelqu’un du doigt, c’est culturel.

#DontTellMeHowToDress permet d’entamer une discussion sur le harcèlement sexuel. En Thaïlande, il y a une manière de faire les choses. Je ne pense pas que si je crie haut et fort, ça va aider, je le fais donc à ma manière, forte, mais douce à la fois.

J’aimerais vraiment que le mouvement #MeToo prenne plus d’ampleur ici et voir des femmes se manifester et dénoncer leurs agresseurs, c’est l’objectif. Mais il y a d’autres mesures à prendre, pas seulement inciter les femmes à s’exprimer sur le sujet, mais également renforcer la législation et initier un changement sur la question auprès du gouvernement.

Selon la «Men andWomen’s Progressive Movement Foundation», à l’heure actuelle moins de 10 % des personnes agressées sexuellement portent plainte…

Auparavant, vous étiez-vous déjà imaginée activiste ?

Je me suis toujours définie comme une féministe. Je le dois d’ailleurs à mon père autant qu’à ma mère. Ils m’ont toujours dit que je pouvais tout faire, ils ne m’ont jamais limitée, c’était comme si rien n’était impossible, rien n’était inaccessible pour moi. Un message important à transmettre aux jeunes filles consiste à leur dire qu’elles peuvent devenir ce qu’elles veulent, tant qu’elles croient en elles-mêmes et travaillent dur pour y arriver. Le message est identique pour les garçons.

Via mon travail et les contenus que je produis pour ma chaîne YouTube, je m’intéresse à l’autonomie des femmes, je parle de confiance en soi… Mais je n’ai jamais eu l’intention de diriger un mouvement sur le droit des femmes.

Quand j’ai lu l’article qui disait aux femmes de ne pas s’habiller sexy, j’ai enregistré une vidéo de manière spontanée. Les réactions, le soutien des femmes et des hommes, m’ont montré que je n’étais pas seule.

Avant, je pense qu’il manquait une plateforme pour que les gens s’expriment, à travers mon action je leur offre cette tribune. Les nombreux témoignages que j’ai reçus m’ont poussée à démarrer l’exposition et me portent à continuer encore aujourd’hui.

Comment était l’industrie de la mode à l’époque ?

C’était très différent, tout prenait plus de temps, sans appareils numériques et sans retouche d’images. C’était fun, un monde beaucoup plus petit, avec juste quelques designers et quelques mannequins, mais nous étions très unis. C’était l’époque des célébrités comme Cindy Crawford ou Claudia Schiffer…

Tout passe désormais par les réseaux sociaux, les stars sont des personnes influentes ou des blogueurs. On doit donc sans cesse se réinventer pour rester pertinent.

Quels changements avez-vous effectués pour rester dans ce milieu ?

Je n’ai pas tellement changé, je me suis plutôt réinventée.Avant j’étais mannequin, maintenant j’aide des femmes à percer dans le milieu, je suis une sorte de mentor, je partage mes expériences et j’espère inspirer les plus jeunes, pas seulement des top-modèles, mais des femmes, des filles. J’essaye d’aller plus loin dans ce domaine : comment avoir plus confiance en soi, naviguer dans le monde dangereux des réseaux sociaux, gérer l’estime de soi et l’image du corps…

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux…

Si vous n’êtes pas sur les réseaux sociaux, vous ne pouvez pas rester dans ce milieu, tout est basé là-dessus. Les marques regardent non seulement le nombre de personnes qui vous suivent, mais aussi les enseignes avec lesquelles vous collaborez, l’image personnelle que vous avez créée et elles choisissent de travailler avec vous en fonction de ce que vous représentez.

Vous montrez différentes facettes de vous-même sur les réseaux sociaux, est-ce important d’apparaître autant au naturel que sur les podiums ?

Oui je pense. Évidemment, je me trouve dans l’industrie du divertissement, mais c’est important de montrer des photos de moi sans maquillage, des moments amusants avec les enfants… C’est ce que je suis, personne n’est parfait. J’espère montrer la personne que je suis vraiment et il est important de trouver un équilibre.

En novembre, je donne une conférence TED sur cette idée de la perfection et la manière dont la société vous compare à la plénitude d’une image retouchée.

About stereotypes, how is it to be an American-Thai in the fashion industry?

I didn’t expect to really come into this industry although I was already starting to model at 13 years old. My father is a diving instructor so I was doing a lot of commercials that involve I had to swim. My career really took off in 1996 when I won the Miss Thailand pageant.

I don’t really look like Thai, although I’m born in Thailand and I feel Thai, and there were a lot of controversy and a lot of people didn’t agree when I won the title. It’s something I’ve always had to deal with it anyway, in all of my life. I never felt completely accepted, it’s hard when you don’t look like the country you associate with.

Now I’m fine, but growing up, especially when I was only 17, as a teenager, you’re trying to find where you fit in, where you belong… At the end, I think it made me, I guess, unique. Maybe stronger and able to do a lot of different things. So, I’m not in the box.

How was the fashion industry back then?

The modeling industry was really different from now, everything took much longer, we didn’t have digital cameras, we had no retouching, it was so much fun, I loved it because it was much smaller too, there were only a few designers, the models were only a few as well, but we were really close-knit. It was the era of celebrities like Cindy Crawford or Claudia Schiffer…

Now, everything is about social media, celebrities are influencers and bloggers. It’s very interesting to see how everything has changed in 20 years. So, it’s very important to be able to change with the time and reinvent yourself and see how you can still be relevant.

What are the big changes you make about yourself to stay in the field?

It’s not so much changing but reinventing myself.

Before, I used to be a model and now I’m a model maker, I’m the teacher, I’m the mentor, I can share my experiences and hopefully inspire some younger, not just models but women, girls.

I try to go further into that field, education on how to be more confident, how to navigate the dangerous area of social media, manage self-esteem and body image.

You are really active on social media…

If you are not on social media you will not stay, everything is based on it. The brands look, not only to your followers although it’s a big part, but at you. You are a brand, you have to create who you are and they will choose to work with you based on what you represent, what you stand for.

You show different facets of yourself on social networks, is it important to appear as natural as on the podiums?

I think so. Obviously I’m in the entertainment beauty industry but it’s important to show some pictures of me with no make-up, funny times with the kids, because that’s who I am, nobody is perfect. I’m showing my real side as well, so it’s important to have the balance.
I’m actually giving a TED talk in November about this idea of perfection and how in our society, sometimes, you only compare yourself to perfect Photoshoped shoot.