Notice: wpdb::prepare est appelée de la mauvaise manière. La requête ne contient pas un nombre correct de substitutifs/placeholders (2) pour le nombre d’arguments proposés (3). Veuillez lire Débugger dans WordPress (en) pour plus d’informations. (Ce message a été ajouté à la version 4.8.3.) in /home/maglat/public_html/wp-includes/functions.php on line 4140
Latitudes Magazine | La patte de Jirapat Tatsanasomboon

CHOC CULTUREL 

La patte de Jirapat 

Christophe Chommeloux

12 Février 2017

Mélangeant de manière significative éléments classiques de la culture thaïe avec inspirations et icônes de l’Ouest, l’œuvre de Jirapat Tatsanasomboon questionne évidemment la mondialisation, mais se penche surtout sur les contradictions et les biais de sa propre société. 

Né en 1971 à Samut Prakarn et désormais installé à Chiang Mai, où il étudia les beaux-arts pendant cinq ans avant d’aller obtenir son Master à l’université de Silapakorn en 1999, Jirapat Tatsanasomboon est l’un des artistes thaïlandais les plus connus, le
seul artiste thaï à figurer dans le fameux ouvrage deThames & Hudson : 100 Painters of Tomorrow.

Dans son œuvre, les interactions entre cultures thaïlandaise et occidentale tiennent une place centrale et sa quête de liberté s’est désormais déplacée d’une perspective collective à une approche plus individuelle, se révélant plus universelle en abordant de manière plus directe les problématiques d’inégalités sociales, de démocratie, de liberté d’expression et de morale en politique.

Dans cette nouvelle exposition solo à Bangkok, prolongée jusqu’au mois d’avril à la YenakArt Villa, il dévoile 22 peintures inédites au style instantanément reconnaissable, composées de couleurs vives et de références au pop-art, transposant des personnages traditionnels thaïs au cœur de la culture occidentale et vice versa. La notoriété de l’artiste est basée sur des cocktails graphiques réunissant des superhéros et personnages de bandes dessinées comme Batman ou Mickey avec des figures classiques de la culture siamoise comme Hanuman ou Nonthok, mélangeant le style thaï traditionnel à l’art contemporain, de célèbres tableaux de grands maîtres occidentaux à des motifs orientaux, ou encore confrontant visuels anciens et icônes modernes, à l’image de son Doraemon sur une fresque de temple bouddhique.

Dans ses séries les plus récentes, Jirapat s’est montré plus poli- tique que jamais en réinterprétant l’histoire de Nonthok tirée de l’épopée du Ramakien, l’adaptation thaïe du Ramayana hindou. Il y met en avant des thèmes polémiques comme les rapports de classes, le manque d’intégrité ou l’abus de pouvoir. La relecture qu’effectue l’artiste de cette intrigue, secondaire au sein du Ramakien, mais lourde de sens politique, se focalise sur les tourments de l’esprit et des désirs de ce domestique trans- formé en démon enragé, Nonthok, qui deviendra le rival à dix têtes du seigneur Rama. Les symboliques déployées n’y sont pas seulement pertinentes dans le contexte politique thaïlandais du moment, mais se révèlent également universelles.

Jirapat, comment votre style s’est-il affirmé ?

Mon idée était de partir de quelque chose d’excessivement thaï et comme je suis un grand fan de cinéma et un collectionneur de superhéros depuis mon plus jeune âge, j’ai trouvé mon style dans ce mélange entre le côté antique, des choses très anciennes de la Thaïlande, avec des œuvres modernes d’artistes internationaux. Pas seulement des comics, mais par exemple du Andy Warhol, qui est pour moi le pape du pop-art. Le but était d’obtenir quelque chose de très moderne et mes différentes influences sont remontées naturellement.

Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent de “copier” ?

Je trouve ces critiques vaines, rien de cela n’est nouveau et pour moi les artistes se sont toujours inspirés de leurs maîtres… En fait, je m’inspire des œuvres des artistes et je leur rends hommage, mais je m’intéresse également de près à leur vie privée avant de créer une toile. Par exemple, Picasso aimait beaucoup les femmes, comme Hanuman. C’est pour cela que j’ai mis les femmes de Picasso dans les bras d’Hanuman. Keith Haring était homosexuel, alors j’ai créé un tableau gurant un homme thaï… J’inclus toujours une part de la vie réelle des maîtres internationaux dans mes toiles.Van Gogh se coupa l’oreille pour une courtisane. Dans un de mes tableaux, Hanuman lui recolle.

Est-ce un simple parti pris esthétique ou y a-t-il un questionnement du rapport des cultures, de la mondialisation? Cette idée d’une culture occidentale qui prendrait la place de la culture classique thaïe?

En réalité j’ai commencé à parler très très tôt de la mondialisation. Là, maintenant, j’ai l’impression que c’est ce qui se passe, ce qui doit se passer. Bien sûr que je pose des questions, il y a en effet toujours des messages cachés dans mon travail, qui touchent même parfois à la politique, à la sexualité, au problème de genre, aux bases de l’être humain…

Mais aujourd’hui je m’intéresse plus au contexte intérieur de la Thaïlande, je me pose plutôt la question de savoir quels personnages du Ramakien je vais utiliser pour représenter telle ou telle catégorie de personne dans la société thaïlandaise. Ma principale source d’inspiration reste le Ramakien, qui a un côté très conservateur, mais aussi très universel, toutes les civilisations possèdent leur Nonthok, un personnage si laid qu’il e raie, qu’on a l’impression qu’il est méchant, un peu le Quasimodo de la psyché thaïe. Il est d’abord plutôt une victime, puis change avec le pouvoir qui lui est donné et devient bourreau. À travers l’utilisation de cette parabole, je m’efforce de dénoncer l’injustice de notre société.

Essuyez-vous toujours des critiques pour votre usage du Ramakien?

Je me suis maintes fois clairement expliqué sur mon choix des personnages du Ramakien et la plupart des Thaïs comprennent immédiatement. Dans leur majorité, les étrangers ne connaissent pas ces personnages et nous devons définir pour eux les identités des traditions occidentales et orientales et la manière dont je m’efforce de les mélanger pour créer une harmonie.

Pour certains il s’agit d’une forme de sacrilège?

Tout à fait, car c’est lié à la spiritualité. Ces images sont les peintures murales que l’on voit dans les temples. Certains prétendent que je brade la culture thaïe, mais en réalité j’aime profondément le Ramakien. Au début, je pensais que pour me faire remarquer il fallait que je sois extrêmement provocateur, par exemple en peignant des scènes du Ramakien aux pieds d’un Occidental…

Est-ce mieux accepté désormais?

J’ai l’impression que oui. Avant, je ne pouvais pas dessiner Doraemon dans un temple, ça aurait fait un scandale. C’est pourtant le genre de choses qui m’ont rendu célèbre. Aujourd’hui, même les bonzes aiment bien, il y a eu un réel changement et puis, j’utilise le Ramakien depuis mes années étudiantes, les gens sont habitués et reconnaissent ma patte, c’est devenu mon identité visuelle.

Pensez-vous qu’il y a eu une évolution récente dans le monde de l’art en Thaïlande ?

Oui, il est évident que beaucoup de galeries s’arrêtent pour des raisons économiques et du fait de l’arrivée des nouvelles technologies. Cela permet aux collectionneurs de rentrer en contact et de communiquer directement avec les artistes. En ce qui concerne l’art en Thaïlande, je pense que ça avance dans la bonne direction. Nous allons par exemple avoir des événements comme la Bangkok Art Biennale.

Illusions of Liberty, exhibition until April
www.facebook.com/jirapat.tatsanasomboon
www.facebook.com/yenakartvilla
@148 art space by jirapat tatsanasomboon

Related Post